• Marie Robert

Ceci est un vocabulaire.


Une marée noire. Comme si soudain, les funestes habitudes, étaient devenues insupportables. Qu’a-t-il fallu pour que la plaie devienne si vive ? La somme de tous nos silences se mue en un cri déchirant. Tant de noms. Tant d’immondices. Tant de faits injustifiables. Ici, aussi bien qu’ailleurs. Il faut des symboles pour mettre en lumière ce qui se dissimule tout autour de nous. Car dans chaque recoin de notre mémoire collective, parfois si complaisante, on trouve ces petits arrangements, ces remarques nauséeuses, ces compromis abjects. Ce rejet de l’autre, ce refus de l’altérité, nous concerne tous. Aucune culture, ni aucune bien-pensance, ne nous préserve de cette tendance que nous avons à faire de notre norme une ultime vérité. Il ne s’agit pas d’annuler nos différences ou de nous contenter d’un discours aseptisé. Il ne s’agit pas non plus de dissoudre la complexité qui fondent nos sociétés. Bien au contraire. Il s’agit d’être conscients que nous sommes tous des individus strictement singuliers et que nous portons en nous des récits qui nous précèdent. La violence commence lorsqu’on refuse de les entendre. Lorsqu’on préfère poser des questions qui ne sont rien d’autres que des micros-agressions : « C’est quoi ton pays d’origine ? », « Pourquoi n’as-tu pas d’accent ? », « Tu es juif ? Ta famille a de l’argent non ? », « Tu sais faire les nems ? », « Dis donc, tu l’as un peu chauffé ce mec non ? », « T’es gay ? Tu vas pas draguer mon mari j’espère ! » …etc. Liste infinie. Ces médiocrités quotidiennes, qu’il faudrait accueillir avec politesse sous prétexte « qu’on ne peut plus rien dire ». Le terme de « micros-agressions » a été introduit par le psychologue Derald Wing Sue, il les définit comme « de brefs échanges, intentionnels ou non, qui envoient des messages dénigrants à certaines personnes en raison de leur appartenance à un groupe ». Le phénomène n’est pas nouveau, mais le nommer est un début de prise de conscience. Nos mots sont le point de départ de nos actes. Notre langage structure le monde. Nos actions le construisent. Apprenons à nous parler sans nous rejeter. Je vous souhaite une journée riche en vocabulaire.

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