• Marie Robert

Ceci est un virage.

Ceci est un virage. L’avantage de vivre juste au-dessus d’une école qui va de la Maternelle au Lycée, c’est qu’il s’agit sans doute de l’un des meilleurs postes d’observation pour mobiliser son esprit et pour contempler le monde à venir. C’est comme ça qu’en rentrant chez moi l’autre jour, j’ai pu entendre deux adolescents prévoir leurs plans pour le week-end. Le programme comportait un certain nombre de situations « limites », le genre de prévisions qui ne réjouiraient aucun parent, mais avec lesquelles nous sommes nombreux à avoir flirté. En montant mes escaliers, je me suis demandée pourquoi dans notre jeunesse nous étions tant attirés par le risque, et pourquoi, une fois devenus adultes, nous faisions tout pour l’éviter. Est-ce cela la maturité ? Est-ce seulement une manière d’agir avec prudence face au danger ? Le terme « risque » vient de l’italien « resecare », qui signifie « couper », ayant ensuite donné « ce qui coupe » désignant ainsi l’écueil, le rocher escarpé que le navire doit éviter s’il ne veut pas se briser. Prendre un risque serait donc une façon de chercher la coupure, d’aller sciemment vers son péril et d’accepter d’être possiblement englouti. Alors comment saisir que des jeunes gens puissent être attirés par cette perspective ? Est-ce simplement un cruel manque de sagesse ? N’y a-t-il pas dans le risque une puissance qui peut, malgré tous les malgré, nous attirer ? Chez Nietzsche, dans le Gai savoir, « la plus grande jouissance de la vie, c’est de vivre dangereusement ». En prenant des risques, on s’implique dans l’existence, et c’est à ce prix qu’on apprend à la connaître, qu’on accède au savoir véritable, celui porté par l’instinct, loin du devoir rigide et de la raison froide. Prendre un risque, c’est aller au fond de soi, c’est explorer le monde, s’exclure de son confort. Et c’est ici qu’une condition se dessine : le risque doit valoir la peine. Ce n’est pas une mise en danger stérile ou mortifère. C’est un élan grandiose. La maturité, ce n’est pas être sage, c’est peut-être habiller ses risques d’une lueur de sublime. Je vous souhaite la fureur de vivre. #Bonjour


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