• Marie Robert

Ceci est un véhicule.


J’ai l’image en tête depuis deux jours. Ce petit garçon sur son vélo devant le portail de l’école. Déterminé à descendre la légère pente face à lui. Il agrippe le guidon, convaincu par son geste, enclenche les pédales, se penche légèrement et s’élance. Mais avant même d’avoir pu jouir de l’accélération, en étant porté par l’inclinaison, il est déséquilibré et trébuche. Prunelles de stupeur, qui se transforme en œillades honteuses, parce qu’il y a d’autres gens autour de lui, parce que ses semblables sont témoins de sa défaillance, parce qu’il fait défaut à son ambition, à sa promesse de cavalcade. Alors, à court de moyens, il se relève, et tendu vers ce qu’il croit être un jury, il s’écrit : « je suis nul de toute façon », ponctuant son aveu de larmes rageuses. Combien de fois avons-nous été ce petit garçon ? Combien de fois le serons-nous encore ? Quelles sont les racines de ce fonctionnement ? A cet instant, mon premier réflexe est de vouloir courir vers lui, de le consoler, de le serrer dans mes bras, de lui dire que le vélo ne doit pas être bien réglé, qu’on s’en fout et qu’on peut continuer à pieds. Restaurer sa confiance en détournant l’action, quitte à trahir la réalité. Mais soudain, le mistral m’envahit, comme une souvenance de ce que certains nomment peut-être la vocation. Que faire ? Transmettre pour que l’autre puisse apprendre à faire seul. Lui donner les moyens de son autonomie, de son envol, de sa solidité. Me rapprocher de lui, sans complaisance, lui dire de remonter, et d’y retourner, en veillant à ce qu’il ajuste son corps au milieu du cadre. Le voir partir. Dénuée de crainte. Convaincue qu’il ne tombera pas, ou du moins que si c’est le cas, il saura repartir. Voilà sans doute l’enjeu de l’éducation. Négocier des virages. Adoucir les pentes. Et croire. Ne jamais projeter nos peurs, mais au contraire, poser ce regard de confiance sur les générations à venir. Un regard dans lequel elles pourront puiser leur force et leur indépendance. Pour renoncer, même dans la chute, au « je suis nul » et lui préférer un « je vais me remettre en selle ». Je vous souhaite une journée de vélo en danseuse.

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