• Marie Robert

Ceci est un trésor



Les contes sont précieux. Parce qu’ils sont des espaces flous ouverts à l'interprétation. Bien entendu, on retient leur aspect merveilleux mais il y a autre chose. Le conte est la démonstration des possibilités de la fiction, il propose une vérité en mouvement. C'est-à-dire qu'à travers une histoire qui s’habille d’animaux, de fées ou de sorcières, on dit quelque chose sur le réel mais ce « quelque chose » est équivoque et sa perception diffère selon les époques, les lieux, les cultures. Le conte est par essence « appropriation » puisqu'il n'existe que dans la mesure où l'on s'en empare pour dire et exemplifier ce que l'on considère comme étant important. Un conte même court, ne s'arrête donc jamais et demeure parfaitement intemporel, puisqu'il pourra toujours se réintégrer à une autre forme de vie, à une autre compréhension. Le conte autorise mille lectures, mille répétitions, mille ré-interprétations. Parce qu'il traite de la complexité du vivant. Ce sont des puzzles protéiformes. On en raconte aux enfants, car à la différence des adultes, ils ont naturellement pour la plupart, cette souplesse interprétative, cette appropriation charnelle des histoires, elles font parties d'eux. Le conte, par le biais si sophistiqué de la fiction, touche à l'essentiel : la peur, nos peurs, l'interdit, le danger, l'amour, le besoin, l'envie, la jalousie, le désespoir, la perte, la solitude. Le conte transfigure des fragments d'humanité, de sensible, de vie. Peu importe qu'il fasse intervenir marâtre, dibbouk ou hippopotame. Il s'agit de toucher à la complexité du réel, poser des questions dont la réponse appartient au lecteur. Il y a ni poncif, ni bon sens dans un conte, il n’y a que notre ombre. Perrault écrivait « Les siècles feront peut-être de mon petit chaperon un loup ». Bref, lisons, tissons des filiations et ouvrons les à nos songes.

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