• Marie Robert

Ceci est un tournevis.


Ceci est un tournevis. « Oui enfin, il n’a pas toujours été comme ça ! ». Le ton est entendu. Le genre de ponctuation silencieuse qui souligne qu’on sait ce que l’autre à dire. Il n’a pas toujours été « comme ça », c’est-à-dire charmant, fiable et téméraire. Avant, il était l’inverse. Et cet avant est suffisamment présent, pour que la confiance soit fragilisée, abîmée, frileuse. La femme qui prononce ces mots parle de son fils, un adolescent qu’on qualifierait pudiquement de « difficile », ce qui ne raconterait sans doute pas grand-chose des tumultes par lesquels ils sont l’un et l’autre passés. Au fil de ce miracle qu’est le temps, l’adolescent est devenu un adulte responsable, ancré, solide. Sa mère, enfin en paix, oscille désormais entre soulagement, incrédulité, mais aussi méfiance. Car l’empreinte de la douleur, de la peur, de l’éreintement, est encore si présente, que la confiance peine à trouver sa place. En l’écoutant, je sens mon émotion monter, quelque chose de bouleversant m’envahir. Je crois que nous avons tous été, un jour, cette mère et cet adolescent, incarnant l’un ou l’autre des rôles, en fonction des périodes de notre vie. Car rares sont ceux qui n’ont pas, au moins une fois, abîmés la confiance d’autrui. Et rares sont ceux qui ont oublié combien ils avaient souffert. Mère et fils, frères et sœurs, amis, conjoints, collègues…la fragilité de nos liens s’infiltre dans toutes les modalités. La confiance n’est pas une donnée qui est due. Elle n’est pas un devoir, pas une obligation, elle est une route qu’on décide d’emprunter ensemble, pas à pas, en mesurant les efforts, la persévérance et la conscience, qu’il faut pour arpenter ce chemin de crête. Mais une fois qu’on s’est mis d’accord pour randonner ensemble, est-il nécessaire de rappeler à l’autre ce qu’il était « avant » ? Et nous ? Qui étions nous « avant » ? Quelles sont les erreurs que nous avons commises ? La réparation engage tout notre être, notre lucidité, notre capacité à faire face, elle est un défi d’une infinie complexité. Mais je crois surtout, qu’elle doit s’ancrer dans le « maintenant », le seul espace de nos possibles. Je nous souhaite de réparer le monde, ensemble. #Bonjour

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