• Marie Robert

Ceci est un toujours.


Ceci est un toujours. Qui sont nos amis de « vingt ans » ? Que disent-ils de nos existences ? Nous sommes à l’aune des années 2000, dans un coin du 13e arrondissement de Paris qui flirte avec le périphérique. Le 11 septembre a déjà eu lieu, l’Irak chancelle, le rap dispute à la techno la bande FM et les cabines téléphoniques habillent les trottoirs. J’arrive chez elle, j’embrasse ses parents, et nous nous apprêtons à sortir au « Batofar ». Ses cheveux sont épais, emmêlés de jeunesse, et les reflets hennés dialoguent avec le kaki de son débardeur. Nos jupons manouches tournent au son de nos 16 ans. Vingt ans plus tard, nous n’avons pas vu passer cette double décennie dont je ne compte plus les particules. Nous sommes dans une rue du 16e arrondissement, ses mèches sont lisses et le regard est soucieux. Le rythme de nos âmes se rapprochent de la quarantaine. Et pourtant, tout est là. Indéfectiblement là. Ancré dans un toujours que rien ne bouleverse. Dans les naissances et les morts. Dans les ruptures et les reconquêtes. Dans les faillites et les lumières. Dans cet amour que les mois ont solidement construit. Je regarde son visage, tant aimé, et je comprends qu’il est un repère, mon échelle de survie face au vertige du temps. Car comment savoir ce que nous devenons ? Comment ne pas perdre le fil de nos désirs dans les errances de l’immédiateté et du changement ? Comment se souvenir de cette vie lorsqu’elle est happée par les jours ? Comment prendre la mesure de nos évolutions, de nos progrès, de nos ajustements et de nos trahisons si nous sommes seuls ? Les amis de vingt ans sont les gardiens d’un temple, les interprètes d’un murmure, les bergers de nos paysages intérieurs. Ils sont les témoins de ce qui a été et qui, parce qu’ils l’ont vu eux aussi, ne disparaîtra pas. Ce n’est pas toujours confortable, c’est parfois confrontant, mais c'est ici que se joue ce que l’on nomme « mémoire ». Celle qui nous aligne, nous épaissit et nous rappelle. « La vie est perdue contre la mort, mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant » - Todorov. Je vous souhaite de reconnaître vos phares. #Bonjour@liarochasparis Credit : Absolutely Fabulous.

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