• Marie Robert

Ceci est un territoire commun.


Ceci est un territoire commun. Hier, j’observais les photos de Jean-Paul Belmondo inondant mon écran. Je me suis demandée ce qui se jouait dans cette vibrante communion digitale. Je suis toujours un peu dubitative, lorsque j’assiste à un déferlement de partages autour d’une figure décédée, autour d’une cause, autour d’une actualité. Je me méfie du bruit qui souvent dissout la nuance, j’ai peur que l’agitation altère notre concentration, notre raisonnement, et au fond notre capacité à assumer nos convictions et notre singularité. Pourtant, je me suis retrouvée émue face à ses milliers de regards portés sur son visage de boxeur, sur ce sourire gouailleur, et sur ces scènes qui racontent les lumières et les ombres du cinéma français. Mais surtout, j’ai été bouleversée par la perspective qu’on partage quelque chose, et qu’un instant au moins, la force de nos souvenirs relie les âges, les générations, les cultures, les milieux. On peut adorer le Belmondo de Godard ou être exaspéré par ses mimiques d’aventurier. On peut trouver ses apparitions datées ou aduler son allure. On peut y voir l’incarnation d’une figure paternelle ou celle d’un masculin dominant. On peut parler de Pierrot ou du Magnifique. Cependant, au-delà du prisme qu’on choisit, il y a cette appartenance à un inconscient collectif et cette idée rassurante que nous sommes encore capables de vivre des choses en commun. Nous sommes les garants d’un patrimoine représentatif, que nous partageons, que nous transmettons, et qui maintient vivace la puissance de nos liens. Je suis d’une génération qui regardait des VHS en classe de primaire, le vendredi, avant chaque vacances. On avait le droit d’apporter des Chocos BN et de lécher l’intérieur des barquettes trois chatons, en regardant Sophie Marceau embrasser Pierre Cosso, ou Jean-Paul Belmondo rejoindre Françoise Dorléac en décapotable rose. C’était un autre monde que les palpitations de nos cœurs continuaient à rendre vivants. Ça sentait la sueur des classes bondées. C’était beau et doux. Et ça l’était plus encore parce que nous nous le partagions ensemble. Et si nos sociétés sont à bout de souffle, je nous souhaite de le retrouver. #Bonjour

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