• Marie Robert

Ceci est un territoire à habiter.

Ceci est un territoire à habiter. Il y a toujours ce moment gênant lorsqu’on se trouve autour d’une table, à un dîner, et qu’on tente de se faire entendre. On reste à l’affût de chaque propos et de chaque silence, dans l’espoir de glisser quelques mots qui nous permettront peut-être de participer au débat et d’exprimer ce que nous pensons. On ose à peine, on balbutie, on loupe son tour. On rentre chez soi avec le sentiment curieux d’être passé « à côté », de la soirée certes, mais surtout de ce que nous avions envie de montrer aux autres. La situation est identique dans un rendez-vous amoureux où, paniqué, on enchaîne des banalités, trébuchant sur nos pensées réelles. Sans compter la sphère professionnelle, avec son lot d’instants où l’on s’excuse, par pudeur, par politesse, par syndrome de l’imposteur. Il y a tant d’espaces où l’on fait « profil bas », laissant les autres briller. Mais pourquoi au juste ? Pourquoi est-ce si difficile de « se montrer » sans tomber dans la séduction maladroite, dans le cabotinage, dans la prétention ? Pourquoi se sent-on si ridicule tandis que d’autres parviennent aisément à prendre la lumière ? Pourquoi reste-t-on debout dans le métro quand le voisin occupe le strapontin les jambes écartées ? Pourquoi certains se permettent tout quand d’autres se censurent au sujet de tout ? Il y a la confiance et la sociologie. Il y a les autorisations qu’on ne se donne pas. Il y a les passifs culturels et familiaux. Il y a toutes ces chaînes qui nous empêchent. J’aime profondément les réflexions sur nos territoires intimes. Sur la façon dont la vie nous amène à « prendre notre place ». Je n’ai pas toujours su le faire, et encore aujourd’hui, je négocie avec mes doutes. Mais je crois précisément que c’est dans la répétition, de petits gestes, de petites habitudes, qu’on apprend peu à peu à habiter l’espace. En redressant la tête, en acceptant que le corps nous guide, en s’obligeant à quelques rituels, on saisit que nous sommes les seuls à pouvoir conquérir l’air qui navigue autour de nous. Alors, ce matin pluvieux, plus que jamais, je vous souhaite d’oser et de laisser votre chair, votre voix, vos convictions, se déployer. #Bonjour@g.devyn


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