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  • Marie Robert

Ceci est un sol qui se dérobe.

Ceci est un sol qui se dérobe. Dans « Modern love », la chronique du New-York Times, je viens de lire une histoire qui m’a bouleversée. Il s’agit donc de Julie et Tom, un couple comme un autre, qui comme les autres apprend qu’il faut parfois faire des concessions pour avancer ensemble. C’est ainsi que Julie, accepte malgré, sa réticence, d’accompagner Tom récupérer un modèle rare de fougères, une « fougère corne de cerf ». Jusqu’ici rien d’étonnant, certains sont en couple avec des passionnés de vélo, d’autres de jardinage. Sauf que cette fougère terrorise Julie et la ramène à ses ombres : « Tom ne soupçonnait rien. Je ne lui avais pas dit ce que cette fougère réveillait en moi. Tout cela paraissait si absurde. Après tout, cette plante n’était qu’une grande fougère, dont les frondes ressemblaient à des bois de cerf ». Les choses qui nous entourent ne sont jamais rien, elles s’imbriquent dans un curieux labyrinthe formé par nos sens et nos souvenirs. Cette fougère pour Julie était une toile sur laquelle était projetée la violence de son enfance. Une famille très pauvre, un appartement infesté de cafards, le défilé des ivrognes, les gestes inappropriés, et des plantes, partout, des plantes dévorant dans tout l’espace, comme une jungle menaçante. La fougère de Tom, aussi inoffensive fut-elle, réveillait tout, tous les cauchemars enfouis à renfort de résilience. « Je suis désolée, fis-je en l’interrompant, mais il faut que je te dise quelque chose. » Un flot de mots inattendus sortit de ma bouche ». Alors Tom écouta, longuement, avec la douceur qu’il faut pour recueillir une parole, et il proposa de se séparer de sa plante, mais Julie refusa. « Peut-être cette fougère m’a-t-elle appris quelque chose sur l’art de s’adapter à un nouvel environnement. (…) Peut-être ai-je été réconfortée de voir Tom récupérer une petite bouture et la dorloter dans un coin d’écorce de chêne. Ou peut-être que mes ressentis ont changé après avoir dit ce que je m’étais efforcée d’éviter pendant la moitié de ma vie ». Nous sommes nos silences, nous devenons nos paroles. Je vous souhaite une forêt luxuriante. #Bonjour@janebirkinoff



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