• Marie Robert

Ceci est un socle



L’autre jour, alors que je me trouvais dans l’école de Marseille, un enfant m’a demandé pourquoi j’avais l’air soucieuse. Certes, les expressions sont assez visibles sur mon visage, mais le ton de la question indiquait qu’il était concerné par mon humeur et en attente d’une réelle réponse. J’ai failli balayé d’un grand sourire cette légère ombre, et me contenter d’une agitation de fossettes pour changer de sujet. Et puis, soudain, je me suis demandée pourquoi je n’expliquais pas clairement ce qui venait de me contrarier. Ce qui entravait ma sincérité. Combien de fois nous retrouvons nous dans cette situation ? Avec nos enfants ? Nos familles ? Nos amis ? Nos collègues ? Pourquoi redoutons-nous ce dialogue authentique ? Par pudeur ? Par peur de ne pas être compris ? Par flemme ? Par manque de confiance ? Par gêne ? Par anticipation des conséquences ? Pour préserver ? Le silence est respectable, l’omission aussi, même le mensonge peut se justifier, quant à la transparence, elle n’est pas une nécessité, mais une interrogation demeure : que gagne-t-on à se placer dans l’authenticité ? Que se passe-t-il quand on accepte ce dévoilement ? Certaines relations n’y résisteront sans doute pas. Elles ne sont pas en mesure d’accueillir les rugissements du vent. Mais pour les autres, cette authenticité devient le support d’un lien inaltérable. Deux individus face à face. Pas de batailles d’ego. Pas de cohésion forcée. Pas de fusion à viser. Mais deux êtres capables réciproquement de parler et d’écouter, et surtout, d’avancer ensemble. J’ai fini par trouver les mots pour dire à cet enfant ce qui m’avait soucié. Sans fioriture. Sans le prendre pour un idiot. Ni lui faire porter quelque chose qui aurait pu le dépasser. Juste en lui livrant non pas une vérité, mais un ressenti de l’instant. Il a écouté posément, concerné par mon récit, interagissant sur les différents épisodes. Et une fois terminé, il a fini par me dire : « Tu vois, maintenant, t’as envie de rigoler. Bon tu viens voir le nouveau sapin ? Ça te fera du bien. ». Une parole aussi solide qu’un socle, aussi légère que le mouvement.

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