• Marie Robert

Ceci est un silence.


Le jour est en déroute. Il ne connait plus son matricule. Confinement. Les lettres tournent dans nos têtes. Les syllabes se détachent, virevoltent, s’assemblent. Elles riment. Un mot, un simple mot, qui a envahi notre vocabulaire. Il s’est immiscé dans l’ensemble de nos conversations. La presse se remplit de ce curieux terme et étire ses extrémités jusqu’à ne plus dire. Nous l’avons contemplé, scruté, murmuré, redouté. Mais au-delà de sa définition, quelle est sa signification ? Comment être certain que nous parlons de la même chose quand nous l’employons ? Le terme peut rester identique, mais ce qu’il désigne diffère pour chacun de nous. C’est ce qu’en philosophie du langage, on appelle la « signification privée ». Nous possédons tous une image mentale que nous faisons correspondre à ce singulier terme de « confinement ». Cette image change selon notre culture, notre âge, notre éducation, nos expériences, notre mode de vie, nos émotions. Pour certains, elle prend les traits de la colère, d’une rage, d’une peur enfouies au creux du cœur. Pour d’autres elle triomphe au son des applaudissements de 20h ou d’un souffle solidaire. Scènes funestes d’hôpitaux, retrouvailles sur écrans interposés, attestation oppressante ou isolement protecteur…etc. Autant d’images que d’individus. Et puisque, comme le dit Ludwig Wittgenstein, « les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde », en ce qui me concerne, je décide aujourd’hui, pour quelques heures au moins, de le tenir à l’abri, loin, très loin, de mon dictionnaire. Je vous souhaite une journée où les phrases se métamorphosent en caresses.

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