• Marie Robert

Ceci est un refrain.


Ceci est un refrain. Elles attendent le tramway, avec chacune un écouteur dans l’oreille. Le soleil marseillais inonde leur visage. Leurs sweats sont amples, sur l’un deux on aperçoit des triangles colorés, sur l’autre des cœurs rouges. Derrière leurs masques, elles chantent à tue-tête des paroles que je crois être celles de la chanteuse Angèle : « Peut-être qu'avec du temps, ça partira / Et pourtant, et pourtant, et pourtant, je ne m'y vois pas … ». Leur bonheur à cet instant semble infini. Parmi toutes les passions qui composent mon existence, il y en a une tenace, qui est l’objet d’une fascination permanente, c’est ma passion pour l’adolescence. Cet instant troublant où tous les drames et toutes les joies semblent pouvoir se réunir en un éclat de secondes. Cette période de nos vies où l’espérance du « toujours » prend tout son sens, comme si le temps n’avait pas de prise, comme s'il pouvait se déployer éternellement, pour le meilleur et pour le pire. On présume qu’on aura toujours les mêmes posters dans nos chambres, toujours les mêmes amis, toujours les mêmes boutons, toujours les mêmes évidences. On se convainc qu’on sera toujours timide ou qu’on voudra toujours sécher l’EPS. On imagine que le monde est semblable à une photographie dont les couleurs pourraient ne jamais se faner. Ça semble absurde, mais est-ce si illusoire ? Oui tout change, nos corps, nos goûts, nos relations, nos lieux d’habitation, nos convictions. Angèle a raison, avec le temps ça partira. Et c’est tant mieux. Mais n’est-ce pas tout aussi vrai que certaines choses restent ? Et si oui, lesquelles ? Quels sont ces toujours que nous avons honorés ? Et ceux qui nous manquent ? Quelle est cette part d’adolescence qui demeure inscrite en nous jusqu’au crépuscule de nos jours ? Se poser ces questions c’est revenir à ce virage, à cet âge de la fusion, des chaos, à cet âge sans complaisance, à cet âge des choses auxquelles on tient. Peut-être qu’y penser peut nous inspirer et guider nos choix à venir. A nos idoles, d’hier et de maintenant. A nos élans. A nos nonchalances. A nos visages baignés de soleil lorsque tout semblait intense. Je vous souhaite des vibrations d’adolescence. #Bonjour

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