• Marie Robert

Ceci est un réveil.


Ceci est un réveil. Il y a une pratique que j’aime beaucoup lorsque que je fais du sport, c’est celle qui consiste à « créer de l’espace » dans mon corps, en somme à m’étirer. J’y perçois quelque chose de salvateur, et ça l’est d’autant plus qu’immanquablement, cette pratique finit toujours par me faire bailler. Or, je crois qu’il y a quelque chose d’émouvant dans le bâillement, comme une sorte de pied de nez à l’ordre établi, aux convenances, à la bienséance. Nous baillons tous, l’embryon baille à partir de 13 semaines, les animaux baillent, les politiques baillent, le monde entier baille dans toutes les cultures et à tous les âges. Le bâillement ne se résume pas une simple manifestation physique de la fatigue, c’est une fonction très importante dans le développement du système nerveux. Car aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, bâiller a des vertus stimulantes pour notre corps. Le Docteur Albert Lachmann explique que « le bâillement le témoin d’une stimulation de la vigilance » et que contrairement à ce que l’on croit, il provoque une « augmentation du tonus nerveux ». En somme, bailler est un signal, une sonnette interne qui nous ramène à nous-mêmes, comme si notre corps exigeait qu’on le considère. S’étirer et bailler sont donc des façons de revenir à l’ici et maintenant. Cette perspective est bien plus qu’anecdotique. Ces dernières semaines, j’ai l’impression que le monde est un amas foutraque. Des couches de colères s’accumulent, des idées nauséabondes trainent sur les tables basses, les peurs paniques envahissent les salons, des apprentis gurus s’installent dans le canapé, et la cadence infernale empêche de se poser. Au milieu du décor, je me sens engourdie, compressée, et comprimée par ce que je ne parviens pas à appréhender. Que faisons-nous et pourquoi ? Sommes-nous chanceux ou pathétiques ? Courrons-nous à notre perte ou devons-nous plus que jamais nous engager vers l’action ? Pour répondre, nous avons besoin d’articuler nos pensées, d’être présent, solide, et conscient. Je vous souhaite la douce vigilance du bâillement. #Bonjour

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