• Marie Robert

Ceci est un questionnement.


Ceci est un questionnement. « Vas-y ça me saoule de me corriger ! », combien de fois ai-je entendu ce propos murmuré par des élèves ? Revenir sur sa copie, repriser ses maladresses, ses erreurs, ses incompréhensions. Un curieux labeur que celui de l’après coup. Ce n’est pas l’excitation de la découverte, pas l’élan du premier jet, mais la pénible tâche qui impose de mettre de la conscience et de l’honnêteté dans nos défaillances. Il va de soi que les étudiants ne sont pas les seuls à souffrir de cette fatigue. Au contraire, dans tous les domaines de notre vie, nous peinons à reconnaître nos torts, à rectifier nos préjugés, à admettre qu’on s’est planté. Mais alors quoi ? Pourquoi est-ce si difficile de faire marche arrière ? Pourquoi est-ce plus simple d’afficher une stérile obstination ? Sans doute, y a-t-il des facteurs cognitifs, éducatifs et philosophiques qui justifient cette attitude si souvent partagée. La peur de perdre ses références, le déficit de confiance en soi, l’insécurité générée par l’erreur dans un système qui ne valorise que la réussite, mais aussi la pudeur, la flemme, l’incapacité à retracer le raisonnement…etc. Mais pourtant quelque chose m’interpelle : c’est que lorsqu’on fait le récit de nos vies, lorsqu’on évoque notre passé et qu’on se laisse aller à l’échange, ce qui constitue le sel de nos existences et de nos apprentissages, ce sont précisément, nos fautes, nos gamelles, nos confusions, nos rêves frustrés, nos espoirs déçus. C’est tout ce terreau d’échecs qui nourrit nos parcours. Car comme le dit avec tant de sincérité et d’ironie l’écrivain espagnol Juan Marsé : « Il y a majoritairement du foireux en toute chose ». Et c’est tant mieux. Car on ne le dira jamais assez c’est dans ce « foireux » que l’on accepte de contempler, que se situent nos plus grandes ressources, des moments inouïs de fulgurances, d’éclairages, de progressions. Reprendre sa copie, c’est saisir que les choses ne sont pas figées mais qu'elles répondent à des dynamiques, c’est avoir l’occasion prodigieuse de reprendre possession de nos savoirs sans laisser les autres nous enfermer dans une case. Je vous souhaite de rectifier votre copie. #Bonjour@julietteabitbol

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