• Marie Robert

Ceci est un profond désarroi



Je n’aime pas l’agitation, les opinions confuses, les paroles en l’air, la bonne conscience virtuelle. Je crois en la pensée qui conduit à l’action, à la réflexion lorsqu’elle engage le réel. Mais ici, mon esprit se vide, s’échappe, ne parvient à faire aucun lien. Je regarde, comme hypnotisée, cet insoutenable compteur des « féminicides ». Même le terme m’échappe. Des femmes tuées par leurs compagnons. L’impossible sens. La notion a été inventée en République dominicaine après l’assassinat, en 1960, des trois sœurs Mirabal, qui combattaient la dictature. Elle a longtemps été cantonnée à l’Amérique latine, où ont eu lieu des crimes massifs contre des femmes, comme ceux de Ciudad Juárez, au Mexique. Le terme a été repris en 1992 par Diana Russell et Jill Radford, deux sociologues anglo-saxonnes, au sein d’un texte incontournable « Femicide: the Politics of Woman Killing ». Il y désignait le meurtre de femmes « parce que ce sont des femmes ». En 2015, le mot a fait son apparition dans Le Robert. Mais s’il est entré dans le dictionnaire, il n’est toujours pas entré dans le droit. Est-ce que cela ferait une différence ? Le silence serait-il moins criant ? Que signifie exactement : « violence à l’égard d’une femme parce qu’elle est une femme » ? Qu’est-ce qui se joue dans cet inaudible « parce que » ? L’inopérante logique. Parce qu’elle est femme. Parce qu’il est homosexuel. Parce qu’elle est musulmane. Parce qu’il est juif. Parce que quoi ? Je me demande comment nous allons expliquer cela à des enfants. Maintenant et dans les années à venir. Quel récit allons-nous faire ? « En 2019, 124 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint ». Que vont-ils comprendre de notre société ? Que dire de la violence ? De quelle main allons-nous toucher le monde ? Ce ne sont pas des questions qui nous concernent TOUTES, mais bien TOUS.

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