• Marie Robert

Ceci est un prof qui apprend à tomber.



Hier, dans mon cours de philo du management en école de commerce, j’ai reçu mon ami d’enfance Jacques Boussuge. En présentant son parcours époustouflant de sportif de haut-niveau reconverti dans la finance, il a surtout mis l’accent sur l’importance de la défaite. Et si l’échec était la clé de la réussite ? Je suis si souvent confrontée à des élèves, préférant ne pas me rendre leurs devoirs plutôt que d’assumer la responsabilité d’une possible erreur. Sans compter les autres, ne concevant pas même la perspective du brouillon, entretenant l’idée chimérique, teintée de déni, que le premier jet peut être parfait. Quelque soit la variation, la peur est sensiblement la même : les erreurs sont perçues comme des spectres qui rodent sur les copies et sur nos vies. Il y a celles qui paralysent et celles dont on préfère nier l’existence. Notre société fait de l’erreur une obsession, il faut la faire disparaître à tout prix pour s’assurer qu’une leçon est acquise ou qu’un travail est bien effectué. Lorsqu’on se plante, le risque est de se sentir mis à l’écart et d’être renvoyé à une permanente incapacité puisqu’on est « nul » et « qu’on y arrive pas ». Pourtant, des célèbres brouillons de Flaubert à la divine Tarte Tatin, en passant par les victoires Michael Jordan, il y a de singulières vertus dans le fait d’échouer. L’échec est un remarquable levier d’apprentissage. Car c’est dans l’erreur que se fonde la capacité de réussite si tant est que l’on accepte de se corriger. L’erreur permet de solidifier ses acquis, de les comprendre, de savoir les apprivoiser, de ne pas agir au hasard, ou avec hésitation. Elle met en lumière une fragilité et permet de la consolider. Elle est aussi un levier de créativité, l’éclat dans l’habitude, le sursaut qui transforme. Elle permet d’explorer d’autres formes, de faire des découvertes. Sans l’erreur, nous risquons de nous figer, tandis que le monde continuera ses perpétuelles métamorphoses. Bref, suivons Jacques Boussuge et les mots de Samuel Beckett : « Essayer. Rater. Essayer Encore. Rater mieux ».

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