• Marie Robert

Ceci est un point d’ancrage



Nous flottons dans une masse d’informations. Nos esprits confinés absorbent plus que jamais un flux permanent. Des centaines de mots se lient entre eux pour ne presque plus se détacher. Ils nous laissent démunis face à un surplus de paroles dont nous ne sommes pas maîtres. Entre fake news et contenu véritable, nous perdons notre boussole. Le temps des médias poursuit son accélération et affiche un funeste compteur, tandis que nos durées intimes se dilatent. Suffocantes, interminables. Nous sommes submergés, essayant en vain de rejoindre la surface de nos pensées, de nos émotions, de nos impératifs. Le désarroi se fait sentir, mais ne limite pas pour autant notre envie compulsive de plonger au cœur des nuées. Pour faire face à tout cela, nous réagissons, nous commentons, tentant de réaffirmer notre identité, notre voix, notre existence, une manière comme une autre de trouver une place dans ces méandres, de supporter l’incertitude. Nous jugeons les actes des uns, le langage des autres. C’est parfois violent, injuste, maladroit, justifié ou non. Mais dans toute cette effervescence d’échanges, il y a aussi quelque chose de bouleversant : c’est que malgré tout, nous ne nous sommes jamais autant demandés : « comment ça va ? », nous ne nous sommes jamais autant souciés de savoir comment les autres supportaient, apprenaient, travaillaient, résistaient, cuisinaient, organisaient, transpiraient, rigolaient, pendant ce temps en dehors du temps. Nous n’avons jamais autant considéré notre personnel hospitalier. Nous ne sommes jamais autant regardés, pour le pire, mais aussi pour le meilleur. Hier, avec mon amie Florence dans la distance de nos confinements, nous nous sommes dit qu’au-delà de tous nos clivages, au-delà de toutes les injustices dont ce monde se nourrit, nous sommes devenus, les uns pour les autres, nos seuls points de solidité, nos seuls piliers. Alors peut-être est-ce ainsi, qu’une fois sortis de nos écrans, naîtra l’habitude du véritable dialogue où les altérités se confrontent, sans peur et sans mépris, dans l’amour et la coopération. Nous sommes nos piliers, c’est sur unité que le monde devra se fonder.

0 vue0 commentaire

©2020 par Philosophy is sexy.