• Marie Robert

Ceci est un pli dans la mer



Il y a cette crainte qui gronde autour de nous et qui s’écrit ici et là. Comment sera l’après ? Quelles seront les conséquences sanitaires, psychiques, économiques, sociétales de tout cela ? Le pessimisme bataille avec le scepticisme, tandis que l’optimisme s’affiche comme un rempart au gouffre. Chacun adopte une lecture en accord avec ses propres angoisses et ses propres croyances. Il n’y a pas de vérité, pas de légitimité, il y a juste une inquiétude qui chemine comme elle peut. Mais face à cette catastrophe, face à cette douleur partagée, face à ces injustices évidentes et à ses émotions haletantes, rappelons-nous une chose : nous sommes le monde, nous composons la société. Nos gestes, nos pensées, nos décisions l’engage. Nous ne pouvons pas contrôler les autres, mais nous pouvons être à l’origine de micro-actions qui toutes ensembles créent un mouvement. Si nous avons peur de la montée des extrêmes, des déchirements sociaux, des cicatrices dans le vivre ensemble, alors agissons pour les éviter, les réparer, les contourner. La politique est aussi la vie de la cité, nous la portons en consommant, accueillant, appelant, enseignant, votant, alertant. Il est bien moins paralysant, lorsqu’on en a les ressources, de se sentir responsable plutôt que de regarder la tempête nous recouvrir peu à peu. La crise révèle que la vie individuelle et la vie sociale sont deux faces d’une même pièce. Comme le rappelle si justement le philosophe et psychanalyste Miguel Benasayag : « Une brèche s’est ouverte, dont il faut profiter, en rappelant ce que je ne cesse d’écrire : nous sommes des êtres de lien, territorialisés, soudés à un monde commun. Deleuze écrit que les individus sont des îles dans la mer, mais que les îles sont des plis de la mer ». Notre puissance d’agir dépend de notre capacité à être affecté par le monde nous dit Spinoza. Nous pouvons apprendre à le regarder et à prendre notre part. Cela suppose de se laisser le temps de l’introspection pour construire cet alignement et avoir un ancrage suffisamment solide afin de tendre la main. Nous ne sommes qu’un. Les possibles sont la somme de nos élans. A nous de savoir où ils nous mèneront.






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