• Marie Robert

Ceci est un pli.


Hier pour la première fois depuis six mois, j’ai traversé une frontière. Celle de l’Italie, ce pays dont je porte l’histoire dans ma généalogie. Plus que le charme de la Riviera, plus qu’un air de vacances, c’est à la seconde même où j’ai vu le panneau autoroutier, que j’ai ressenti un curieux soulagement. Un souffle d’air, l’incarnation même du mouvement. Au fond, il y a quelque chose de pernicieux dans l’enfermement, c’est qu’il ressemble souvent au confort. On arpente la même rue avec la satisfaction d’en connaitre chaque fragment de bitume. On fait face à l’angoisse en sécurisant son espace. On chérit les paysages mille fois contemplés car ils ne supposent aucun effort d’appréciation. Apaisantes habitudes qui nous tiennent loin du bruit du monde, de sa violence et de sa complexité. Alors pourquoi voyage-t-on ? Pourquoi ressent-on malgré tout, cet appel de l’ailleurs ? Loin d’une consommation irraisonnée, d’un tourisme dévorant, le voyage partage son essence avec la philosophie. Il s’agit soudain de se confronter à une autre langue, à une autre lumière, à d’autres odeurs, à une autre façon d’aborder les jours. « Puisque philosopher, c’est s’étonner, porter un regard neuf sur le monde, le voyage en représente la condition, la conséquence naturelle ou encore la métaphore. Volontaire ou forcé, calme ou aventureux, enivrant ou décevant, le voyage est lié à la pensée » dit Michel Eltchaninoff. Platon navigue sur la Méditerranée, Descartes parcourt l’Europe à cheval, Nietzsche profite de l’essor des chemins de fer et Bergson emprunte le paquebot pour traverser l’Atlantique. Au-delà de la détente, c’est la perspective d’une rencontre, d’un choc, d’une secousse. Cet élément qui nous déstabilisera peut-être, mais qui éclairera en nous ce qu’on ne soupçonnait pas. Et qui en fin de compte, nous élèvera. Je vous souhaite une journée où le repli sur soi apprend à se déplier.

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