• Marie Robert

Ceci est un pincement dans le cœur.


Ceci est un pincement dans le cœur. Une palpitation sur le bord des tempes. Un goût salé dans la gorge. Une rage au ventre qui nous condamne à la culpabilité. « Mais bon sang, c’est ça que j’aurais dû faire ! C’est ainsi que j’aurais dû agir ! ». Combien de fois nous sommes-nous dit que nous aurions pu prévoir les choses autrement ? Combien de fois nous nous en sommes voulus de ne pas avoir su anticiper ? De ne pas avoir endigué ce qui pourtant était là, tapis dans l’ombre ? On a souvent l’impression que les choses répondent à une chorégraphie qu’il ne tient qu’à nous de maitriser. Alors quand on n’y parvient pas, on s’enroule dans un « si seulement » coupable. Mais est-ce si juste ? Est-ce de cette manière que nos vies s’agencent ? L’enjeu n’est pas de dissoudre notre responsabilité mais plutôt de considérer ce que Bergson appelle « l’illusion rétrospective ». Elle consiste à ne pas percevoir le nouveau comme radicalement nouveau, mais plutôt comme contenu en préfiguration dans l’ancien. Elle nous conduit à identifier « après coup », dans le passé, ce qui a rendu le présent possible. Elle est le triomphe du « j’aurais dû ». Or, chez Bergson, un tel raisonnement est bel et bien une illusion, car à l’instant où on vit le présent, on est incapable d’avoir ce recul. Cette analyse de « l’après coup », n’est rien d’autre que le fruit d’une reconstruction, d’un récit qu’on met en place une fois la tempête passée. L’inédit reste inédit, impossible à prévoir totalement. On aurait sans doute pu être plus pertinent, plus courageux, plus élégant, plus rapide, plus fort, mais la plupart du temps, on a surtout fait ce qu’on pouvait. Du mieux qu’on pouvait. Peut-être pouvons-nous laisser les illusions de côté, pour laisser au présent toute son intensité. Je vous souhaite une journée où les pincements du cœur se mettent à fleurir d’indulgence. #Bonjour

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