• Marie Robert

Ceci est un pied de nez au destin



En apparence, Tatiana Golovin a le goût rassurant des clichés. Jolie russe née à Moscou en 1988, elle tient sa première raquette à l’âge de trois ans, et obtient la nationalité française à la force de son coup droit. Aussi séduisante que déterminée, elle fait le bonheur des commentateurs, ravis d’évoquer sa grâce, plus encore que ses prouesses sur le terrain. A tout juste 16 ans, elle parvient en 8e de finale à l’Open d’Australie, faisant une entrée remarquée sur le circuit. De 2004 à 2008, elle enchaîne les matchs, accédant à la 12e place mondiale. Mais malgré son endurance, elle ne parvient pas à dissimuler ce corps qui commence à lui faire défaut. Elle souffre en permanence et apprend la présence d’un kyste de 6 cm sur la hanche. On lui détecte une maladie inflammatoire, une certaine spondylarthrite ankylosante, qui l’oblige à prendre sa retraite. Elle se marie et devient consultante pour différentes chaînes sportives, habillant les temps morts, de son sourire. On pourrait s’arrêter ici, et admirer une habile reconversion. Mais les clichés, quand on les observe d’un peu plus près, sont toujours plus complexes qu’on ne le pense. Ses trente ans résonnent en elle comme un bilan : quatre ans de jeux, dix ans de télé, deux enfants. Heureuse certes, mais une étrange rage s’agite en elle. Ce sens du défi, cet amour de la gagne, qu’importe les risques. La belle Tatiana Golovin est aussi joueuse de poker et n’hésite pas à en faire un mode de vie. C’est donc l’été dernier qu’elle fait tapis et décide de revenir. Pas pour la gloire, pas pour l’argent, mais pour elle-même. Ne pas être une vitrine, mais un corps en mouvement, un corps qui n’est pas éteint par la souffrance : « Ma motivation n'est pas de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Mais je veux en revanche me retrouver moi-même. Avec le recul, j'ai réalisé ces dernières années que là où je m'exprimais le mieux, c'était en étant une athlète. Ce n’est pas une situation, c’est une manière d’être ». Qu’importe si Tatiana revient triomphante ou non sur les terrains, car c’est déjà un ace qu’elle adresse à la fatalité. De quoi nous inspirer.

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