• Marie Robert

Ceci est un photomaton.


Ceci est un photomaton. Il y a ces clichés d’adolescence dont on se moque joyeusement, s’offusquant de nos choix de tenues aussi ridicules que nos coupes de cheveux. Il y a ces portraits professionnels, où l’on trouve nos visages si peu expressifs qu’on peine à les regarder sur un organigramme. Il y a aussi toutes ces photos dossiers que nos amis aiment ressortir aux anniversaires, sans parler de ces selfies qu’on a tentés, mais qu’on a tout de suite effacé. C’est fou le temps qu’on passe à se trouver « moche » au fil de notre vie. Bien sûr, il y a les chanceux, ceux qui s’esthétisent, qui jouissent de leurs abdos devant la glace, et ceux, libérés, qui s’acceptent avec confiance et facilité. Cependant, je crois que nous sommes nombreux à faire partie des « autres » ; ces juges incapables de contempler une photo d’eux sans élaborer, avec acidité, une myriade de commentaires. Les cheveux sont épais, le bras parait trop gros, les lèvres un peu pincées. Pour ma part, j’ai passé un certain nombre d’années à soupirer de la rondeur de mes joues. Chaque image produite est l’opportunité d’un état des lieux. La complexité est d’autant plus grande que cette place donnée à nos égos malmenés nous semble si superficielle, qu’on en a honte, mais qu’on ne parvient pas à s’en empêcher. On aura beau répéter qu’il faut apprendre à s’aimer, le périple semble plus aride qu’un GR20. Alors au lieu de flirter avec nos complexes, et tenter de les faire disparaitre à tout prix, je me suis posée la question inverse : à quels moments nous sommes trouvés « bien » ? Pas uniquement « beau » ou « élégant », mais quand avons-nous été impressionné par notre chair et ses capacités ? Soudain la réflexion prend une autre lueur. Je remercie mon corps d’avoir soigné mes multiples bronchites et les 26 os de mes pieds de se poser à plat chaque matin. Je remercie mes viscères d’avoir digéré mes tourments et mes choix alimentaires. Je remercie mon dos de porter mes doutes et de bien vouloir me tenir debout. Ce n’est pas photographiable, mais c’est ici pourtant que ce joue le miracle de nos vies. Je vous souhaite de choisir un autre appareil photo. #Bonjour Credit : @charlotteramplingofficial

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