• Marie Robert

Ceci est un paysage.


Ceci est un paysage. Vous vous en souvenez ? C’était où déjà ? Sur une plage à Saint-Malo, au bord d’un lac en Italie ou dans une colo à Salamanque ? Quel était le lieu de ce premier flirt ? Vous vous étiez timidement approchés, observés, scrutés, et de regards gênés en rires un peu forcés, vous aviez fini par franchir la frontière des évidences. Les amis s’étaient effacés, ils avaient laissé place à l’ivresse d’un premier baiser. Vous aviez le vertige, la conviction d’être parvenu aux confins d’un territoire sauvage. Vous étiez habités par la certitude, celle de vivre un évènement venu faire scintiller l’ensemble d’un été que vous souhaitiez sans fin. Quelle curieuse infraction dans nos vies qu’un premier amour estival. Pour quelques secondes, être au centre de tout et croire qu’il existe un « toujours ». Pour quelques secondes, se moquer éperdument de la cadence du monde. Il faut une ironie grandiose pour se laisser happer par une idylle à l’odeur de crème solaire, car c’est un flirt avec le temps. C’est un cliché qui pourtant dessine une philosophie, où l’intensité, à peine vécue, devient déjà une inoubliable nostalgie, comme une carte postale que l’on adresse à celui que nous serons dans 20 ans. Car aujourd’hui, serions-nous capables d’autant de désir, de fièvre, et d’amplitude ? Serions-nous en mesure de tout arrêter pour la douceur d’une étreinte ? Serions-nous capables de poser nos téléphones et nos ordinateurs ? Serions-nous capables d’oublier quelques secondes au moins nos programmes et nos obligations juste pour la douceur d’une caresse ? Peut-être est-ce ici que réside leur beauté : faire de nos amours de vacances, une modalité amoureuse digne de basculer vers l’éternité. « Ginia avait l'impression de n'avoir jamais compris avant ce qu'était l'été, tant c'était agréable de sortir toutes les nuits pour se promener sous les arbres des avenues. Parfois, elle pensait que cet été ne finirait jamais, et elle se disait en même temps qu'il fallait se dépêcher d'en jouir parce qu'avec le changement de saison quelque chose devait nécessairement arriver » - Cesare Pavese. Je vous souhaite une journée d’adolescence. #Bonjour Credit : Charmaine.

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