• Marie Robert

Ceci est un passeport pour l’éternité



L’amour, la plus déraisonnable des obsessions. On le dit aveugle et aveuglant. Combien d’expressions du langage commun condamnent le sentiment amoureux et font de lui l’ennemi de la sagesse ? Platon dans « Le Banquet » nous offre un tout autre regard. Dans son dialogue savoureux, loin d’être disqualifié, l’amour devient au contraire une voix d’accès à la philosophie et au monde de la pensée. Comment est-ce possible ? Pour le comprendre, il faut rencontrer un personnage clé : Éros. Dans la mythologie grecque, Éros est un être entre les hommes et les dieux. Fils de Pénia, la déesse de la Pauvreté, et de Poros, le dieu de l’Abondance. Toujours démuni et mendiant comme sa mère, Éros est inventif et rusé comme son père. Son héritage le pousse constamment à aspirer à ce qu’il ne possède pas. Mais attention, ici, il n’est pas question, de vouloir « quelqu’un d’autre ». Car loin de se consumer dans des relations volages, Éros est plutôt du genre à renforcer la qualité du lien. D’abord, il savoure l’amour sensuel, la beauté du corps, puis lorsque les plaisirs de la chair ne lui suffisent plus, il accomplit une douce conversion vers ceux de l’âme, plus intenses et plus durables. C’est un crescendo, nourrit par la volonté de tendre vers toujours plus de connaissance et d’éternité. Car voilà, le seul ennemi d’Eros est la mort, le terrible Thanatos. Or combler la peur du néant grâce à la philosophie, nous permet de dépasser notre condition de mortel. La chair meurt, alors que la pensée perdure et se transmet. Aimer est donc cette expérience inouïe, fascinante, qui loin de nous conduire vers l’abîme, nous fait passer du désir corporel au Ciel des Idées. Mais pour y parvenir, il faut être capable d’accueillir Éros. De le reconnaître. Il n’est ni violence, ni souffrance, mais un hommage à la beauté de l’existence, qu’elle se manifeste dans les caresses ou dans la réflexion. Bonne journée. A nos amours ! A nos idées !

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