• Marie Robert

Ceci est un passeport.


C’est une curieuse frénésie. L’envie d’arpenter le sol. Le désir ardent de se mettre en route, d’aller voir ailleurs, et de se confronter à une autre manière de penser, à une autre manière de dire. Et pour décrire cette palpitation des jambes, cette agitation de l’âme, il y a ce mot, qui habite si fortement l’imaginaire du romantisme allemand, le « wanderlust ». Originellement, il désigne le plaisir ressenti lors d’une marche solitaire, mais au fil de ces usages, il s’est agrandi autant que l’horizon qu’il chérit. « Wanderlust » quelques syllabes comme un mot de passe, pour désigner cette fièvre qui nous pousse à nous avancer, pour décrire cette aspiration à découvrir ce qu’il y a au-delà des montagnes, au-delà des frontières de notre appartement, de notre village, de notre connaissance. Un hommage à cette attirance ancestrale qui nous a mis en mouvement. C’est bien autre chose que la fuite, et ce n’est pas un simple terme à la mode ou une envie de vacances, c’est la conviction qu’il existe un ailleurs, qu’il y a des terres lointaines porteuses de récits, de découvertes, d’avenir. Mais alors que devient ce « wanderlust » à l’instant où le voyage est cadenassé par les restrictions sanitaires ? Où vont se porter nos pas ? Où trouver le vertige des immensités ? Peut-être que le périple prendra place au-delà de nos pieds, dans notre capacité à agrandir nos univers, à faire circuler notre pensée à défaut de nos corps, à lire les textes qui nous élèvent, à rencontrer l’Autre, le différent, à renoncer à l’exotisme pour mieux constater que défile devant nous un subtil paysage, qu’il ne tient qu’à nous de percevoir. A travers nos paupières, dans nos livres, dans nos rues, dans nos gestes, dans cette devanture de café, qui un jour peut-être n’existera plus, se dessine une mémoire, qui est sans cesse en train de se faire. Elle se déploie et se recompose à chaque tournant. Que va retenir notre regard ? Qu’allons-nous mettre d’inédit sous nos yeux ? Levons nos têtes. « La seule façon de sentir des choses nouvelles, c'est de faire du nouveau dans ta façon de les sentir » - Pessoa. Je vous souhaite d’aller au-delà de vos montagnes intérieures.

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