• Marie Robert

Ceci est un papier bulle.

Ceci est un papier bulle. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu peur de ne pas survivre aux émotions fortes. Celles qui font s’ouvrir le sol sous nos pieds. Celles qui nous serrent si fort le cœur qu’on peine à reprendre notre respiration. Celles qui nous font confondre le jour et la nuit. Il faut dire que je fais déjà partie de ceux qui vacillent mille fois dans la minceur d’une journée, et pour qui, chaque mot, chaque odeur, chaque matière, chaque pensée, constituent déjà des épreuves auxquelles il faut se confronter. Mes émotions se diffusent en stéréo. Mes narines frémissent pour le tout et le rien. Pour la nostalgie et la mélancolie. Pour la beauté et pour les rêves. Pour les débuts et la fin. Alors forcément, l’intensité de certains moments de vie me paralyse, j’ai peur de m’évanouir. Et pour les vivre, il faut parfois les normaliser, pour les apprivoiser, et permettre à mon esprit de s’accrocher à quelque chose. J’ai toujours été fascinée d’observer à quel point certains individus conservent un comportement habituel dans les circonstances extrêmes, non par détachement, par indifférence, ou par froideur, mais parce qu’ils sont dans une forme de protection. Ils s’enroulent dans une couverture ouatée qui leur permet de supporter ce qui se déroule sous leurs yeux. Au fond, je suis profondément émue par nos armures, quelles qu’elles soient. Par nos papiers bulles. Et de temps en temps, je me dis qu’aimer les autres, c’est justement laisser leurs bulles intactes, sans chercher à les percer. C’est respecter leur carapace, et avoir l’élégance tacite de ne pas détruire leur château-fort. On n’est pas toujours disponible pour tout dire, pour tout livrer, pour tout laisser transparaitre. Dans une société où l’intimité est si souvent malmenée, je crois qu’il y a une certaine beauté à l’idée de conserver des zones de retenue, des espaces de pudeur qui au lieu de nous éloigner, créent une chaleur invisible entre nous. Certes, on ne peut pas se protéger de tout, la vie est un long périple, composée de joie débordante et de gouffres infinis, c’est une immense traversée mais je vous souhaite de choisir votre embarcation. #Bonjour@therealpeterlindbergh


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