• Marie Robert

Ceci est un océan.


Allongé dans l’herbe, les yeux sont dirigés vers le ciel, aussi immense qu’enveloppant. Les contours de notre corps disparaissent, et dans l’esprit émerge la sensation d’appartenir à un monde infiniment vaste. C’est l’impression singulière d’être baigné dans l’éternité, d’en être un fragment, une particule poétique, d’une indispensable vanité. Combien sommes-nous à avoir déjà vécu un instant comme celui-ci ? Au sommet d’une montagne, en faisant la planche dans la mer, ou dans une rue vide éclairée par le soleil du matin. Cette expérience intérieure correspond au « sentiment océanique », une expression composée par l’écrivain Romain Rolland pour décrire un état « sans bornes perceptibles ». Selon l’écrivain, c’est ici que réside « la véritable source de l’énergie religieuse », comme si à ce moment-là, nous étions alors capables de nous ouvrir à une immensité. En 1927, il écrit à son ami Sigmund Freud, pour lui décrire ce doux débordement qui nous mêle à tout ce qui nous entoure. Freud est si intrigué qu’il lui consacre le premier chapitre du Malaise dans la civilisation. Certes, l’aspect religieux ne le convainc pas, en revanche, l’émotion lui est familière. Il admet l’existence possible de ce « sentiment d’être indissolublement lié, d’appartenir au tout du monde ». Aucune limite entre nous et l’univers. Une vertigineuse unité. Comme le nourrisson, qui collé à sa mère, ne fait pas de distinction entre sa peau et la sienne. « Moi contient tout ». Rien à attendre, juste à ressentir l’illimité. La beauté du monde, ironique et tendre, qui non seulement, nous précède, mais qui surtout, ne nous attend pas. L’expérience suffit. « Des millions d'yeux, je le savais, ont contemplé ce paysage, et pour moi il était comme le premier sourire du ciel. [...] Dans ce soir qui tombait sur la campagne florentine, je m'acheminai vers une sagesse où tout était déjà conquis, si des larmes ne m'étaient venues aux yeux, et si le gros sanglot de poésie qui m'emplissait ne m'avait fait oublier la vérité du monde. » - Noces, Camus. Je vous souhaite une journée océanique.

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