• Marie Robert

Ceci est un objet de convoitise.


Une épaule, un sein, une hanche. L’été souvent nous dénude. La peau se dévoile, se laisse caresser par la chaleur. Le corps engourdi, se montre d’abord fébrile, un peu timide,. Et puis à mesure que le soleil rejoint son zénith, il s’ouvre au plaisir d’être là sur la plage, suspendu au sable, ivre de sensations. Et puis soudain, notre regard se tourne vers les autres qu’on avait presque oublié. Tiens, et si les gens sur la serviette à côté étaient en train de parler de nous ? On se redresse, on rentre un ventre qu’on ne cesse de juger trop gros, on remonte un peu son maillot, on se contorsionne. On se trouve ridicule. Et encore plus ridicule de ne pas parvenir à s’aimer tel qu’on est. On a beau savoir. On a beau dire. On a beau déclarer. On a beau entendre. On a beau se moquer de cette obsession de l’apparence. Il y a toujours cette petite voix inavouable qui intime qu’on pourrait être autrement. Ce n’est pas une question de taille, de forme, de contours, ni même de norme, mais plutôt de rapport à soi. Car sur cette serviette de plage, se joue l’évaluation permanente de nous-même. Une logique de performance, qui n’est pas liée à la santé, ni au confort, mais à une forme de domestication et de rationalisation de notre chair. Ce que cette petite voix nous dit c’est qu’on pourrait mieux contrôler notre corps, et que du sport à la diététique, les outils sont nombreux. C’est juste et souvent précieux. Mais n’est-ce pas oublier un peu vite que notre corps n’est pas qu’un objet consommable et évaluable mais aussi un mystère ? Combien de choses s’y passent sans même qu’on y pense ? Combien de manifestations insolites ? Combien de boutons observés ? De réactions incongrues ? De flux étranges ? De membres qui se coincent et d’autres qui s’assouplissent ? Nous sommes un territoire sauvage, qui se moque bien de nos complexes et de nos convenances. Alors la voix peut bien se manifester, crier, agiter notre âme, nos organes, nos os, notre sang continueront leur prodigieuse chorégraphie. Il est temps de s’allonger sur sa serviette, de fermer les yeux et de laisser faire la magie du vivant. Je vous souhaite une journée d’heureuses énigmes.

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