• Marie Robert

Ceci est un nouveau décor.


Ceci est un nouveau décor. C’est drôle comme parfois, la manière dont nous regardons les choses transforme la façon dont nous les vivons. Que se passerait-il si au lieu de contempler la réalité telle quelle, nous adoptions un autre point de vue ? Si au lieu d’avoir nos yeux à nous, nous prenions ceux des autres ? Ceux de la tasse à café que nous tenons dans notre main ? Ceux de l’arbre que nous longeons pour aller au travail ? Ceux de l’enfant qui nous dévisage dans sa poussette ? Celui du voisin d’en face ? Ou même, celui du cheval sur lequel on monte ? C’est à cette intrigante proposition que répond Tolstoï dans « Le cheval », une nouvelle qui, à chaque fois que je la lis, me touche et me confronte. Car dans ce texte, c’est le cheval qui devient narrateur, c’est le cheval qui regarde son maître, et c’est lui qui fait de l’homme, et de son langage, des curiosités. Car bien sûr, il ne comprend pas les mots « mon poulain », il ne saisit pas le concept de propriété, ni celui de pouvoir, deux mondes se font face et ne trouvent pas de correspondance. L’homme et le cheval appréhendent le réel selon deux pôles, sans que l’on puisse hiérarchiser l’un ou l’autre. En se mettant dans la peau du cheval, quelque chose se bouscule en nous, et vient troubler nos certitudes. C’est à l’écrivain russe Victor Chklovski que nous devons la conceptualisation de ce changement de perspective. Pour décrire le procédé, il a choisi un terme singulier : « l’ostranenie ». L’idée est celle d’un dispositif artistique qui vient dépayser, qui vient « étrangiser » la manière dont le monde se présente à nous. Soudain, ce changement d’angle « ravive notre perception figée par l’habitude ». Notre réel devient inédit puisque nous nous mettons à la place des autres pour le vivre. L’ostranenie n’est pas seulement réservée aux artistes, nous pouvons tous user de cette capacité à regarder autrement. Dès que nous constatons qu’il y a mille autres perceptions possibles, nous retrouvons cette fascination pour le vivant, nous nous libérons de nos a priori pour jouir d’un nouvel angle. Je vous souhaite de vivre cette journée avec les yeux d’autrui. #Bonjour

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