• Marie Robert

Ceci est un mot d’amour.


Je l’aperçois dans sa boutique. Elle se déplace, le pas souple et le sourire conquérant. Un défi semble agiter ses mains habiles. Elle a ce léger tremblement dans le pli de l’œil qui dit les va et vient du cœur, les tressaillements de l’âme. Les mots se bousculent pour raconter ce que c’est d’être responsable, ce que c’est d’avoir des « minots », le tendre nom qu’elle donne à son équipe, ses enfants, ses gamins, face auxquels on ne peut défaillir. Sa langue marseillaise s’empare de la crise, de cette autre crise, économique, qui met à genoux ceux qui redoutent la déferlante, ceux qui ne savent pas tout à fait de quoi demain sera fait. Je regarde Julia Sammut et je vois son cœur sortir de ses yeux. Et je me demande, d’où vient cette curieuse force de vie, cette rage au ventre qui supporte toutes les fluctuations, qui encaisse tous les désespoirs. Il y a quelque chose d’ancestral dans cette puissance, qui à cet instant me semble si féminine. Cette fougue existentielle, qui va bien au-delà des clivages et bien au-delà du genre. Cette capacité à mettre le monde en marche, à faire bouillir la marmite de nos jours, comme s’il n’y avait pas d’autre choix que de faire face à l’évènement, pas d’autres options que puiser dans nos entrailles cet amour infini, cet abandon sous forme de résistance. Ce n’est pas une vision romantique, ni angélique, de la femme. C’est au contraire, les mains dans le cambouis, les mains à la pâte, les mains qui dessinent l’avenir. Une certitude implicite : on ne peut pas fracasser, rompre ou briser le monde, on peut juste avancer entre ses plis, ne pas plier face au tonnerre, ne pas céder aux monstres. Les femmes, les mères, les sœurs, les amies, les héroïnes, qui sans dominer, ont orchestré depuis des millénaires la juste mélodie de la quotidienneté. A toutes celles qui se sont retrouvées en première ligne, à toutes celles qui font des pieds-de-nez au destin, à toutes celles qui jonglent avec les réalités, les errances, les fins du mois, à toutes celles sans qui les « minots » n’auraient pas d’horizon. A toutes les mamma, je vous souhaite un monde à votre hauteur.

9 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout