• Marie Robert

Ceci est un monument.


Ceci est un monument. Quelle est la dernière fois que vous avez remercié quelqu’un ? Il y a les mercis d’évidence, ceux automatiques, qu’on glisse à autrui parce qu’on nous a tenu la porte, parce qu’on nous a rendu la monnaie, parce que le café a été posé au bon endroit sur la table. Notre langue nous précède, un simple « merci » envahit notre bouche sans qu’on s’en rende compte, sans même qu’on y prête attention. Il y a les mercis d’étiquette, ceux qui s’écrivent à la plume, sur des cartons qui ont été imprimés pour les accueillir. Ce sont les mercis qui suivent des mots de félicitations ou de condoléance, des mercis qui disent notre reconnaissance. Il y a les « mercis » des discours, les longues listes où l’on nomme ceux qui nous ont permis d’en être là, terrifié à l’idée d’oublier des figures dans notre propre cérémonie des oscars. Et puis il y a les autres, les « mercis » du fond du cœur. Ils ne se sont pas faciles à formuler, ni à écrire. Il faut trouver des termes pour les dire, des termes qui ne trahissent pas notre pensée. Ces mercis viennent du centre du corps, remontent dans la poitrine et font parfois monter les larmes. Ces mercis brisent nos conventions, nos échanges stériles et lisses, ils viennent secouer notre pudeur. Ils nous mettent à nus. Parce que ces mercis sont le fruit de notre surprise : les autres ont été là à un instant de nos vies où l’on ne s’y attendait pas, à un moment où nous étions démunis, un jour où il faisait nuit noire. Quelqu’un, ou quelques-uns, ont tendu la main. Ils ont prêté une voiture, ils ont gardé un enfant, ils ont porté des cartons, ils ont donné une caution, ils nous ont préparé un lit, ils ont ouvert leurs bras, ils ont gardé un secret. Et pour tout cela, et tout ce que je n’écrirai pas, notre corps entier se sent envahi par l’envie puissante, bouleversante, de dire « merci ». Je ne connais pas beaucoup d’émotions plus intense que cette gratitude-là. Alors aujourd’hui plus que jamais, je nous souhaite d’avoir le courage de briser nos armures pour les adresser à qui de droit. Merci à tous ceux font chaque jour vivre mes modestes pensées et qui me font croire que mon travail à une place. #Bonjour@thegoodtrade

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