• Marie Robert

Ceci est un miroir.


Ceci est un miroir. 11 septembre. J’écris sur un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Sur un souvenir commun qui se fragmente en des milliers de morceaux. « Le 11 septembre », les syllabes se détachent, les yeux se baissent et le cœur se souvient. Bien sûr, on aura déjà tout dit, tout écrit, tout pensé, tout polémiqué. Rien de nouveau sous l’asphalte. Manhattan, Kaboul, la désolation. « Le 11 septembre », ce sont nos vies contenues dans un point du calendrier. Nous savons tous où nous étions. Comme si nos souvenirs les plus impérissables étaient ceux de nos drames. Comme s’il fallait du désastre pour que l’instant présent devienne éternité. Et comme si l’actualité, tel un boomerang, nous obligeait à garder les yeux ouverts sur notre monde insensé. Vingt-ans me séparent du poste de télé accroché en hauteur, dans ce café « Chez Rachid », rue des Cordelières, en face du Lycée Rodin. Vingt ans nous séparent de cette stupéfaction effroyable qui se reproduira suffisamment de fois pour qu’on en connaisse les odieuses palpitations. Deux décennies. Il suffit d’un souffle pour que la perspective du temps qui passe nous inonde. Qu’avons–nous perdu ce jour-là ? Qu’avons-nous perdu depuis ? Au-delà de la politique, que disent ces flammes ? Le 11 septembre est un miroir tendu vers notre avenir et qui reflète pourtant le passé. Que sommes-nous devenus ? Que faut-il de mémoire pour ne pas se perdre ? Que faut-il d’oubli pour supporter les méandres de nos vies ? « Les premières lueurs du jour effleurent les tours du World Trade Center, à l’autre bout de Manhattan. Tu leur tournes le dos et tu marches. Sous l’asphalte usée, on devine par endroits les pavés. Tu songes aux premiers colons hollandais qui foulèrent ce même sol de leurs sabots de bois. Et, avant eux, aux guerriers algonquins qui y traquaient le gibier, silencieux dans leurs mocassins. Tu ne sais trop où tu vas. Tu n’as pas la force de rentrer chez toi. » - J. McInerney. Le néant nous regarde, non pas pour nous momifier, mais pour nous donner le courage de changer, de défaire, de construire, et d’avancer. Je nous souhaite que dans vingt ans l’amour envahisse nos mémoires. #Bonjour

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