• Marie Robert

Ceci est un message vocal.


Ceci est un message vocal. La semaine dernière, dans un atelier que j’animais pour @lesmots, une participante a affirmé que l’une des choses qui la paralysait le plus dans son métier, c’était l’obligation de devoir passer des coups fils. Comme si l’idée de faire face à une sonnerie, puis à la voix de l’interlocuteur, contenait une somme d’angoisses difficilement surmontables. En l’écoutant j’ai souri, tant je partage sa peur du combiné. Je suis de ceux qui préfèrent se livrer dans les espaces sécurisés que sont les emails ou les textos. J’appartiens à la grande famille des individus ayant trop peur de ce que l’appel pourrait révéler, qui n’écoutent pas leur répondeur et qui espèrent que personne ne pourra décrocher. En réfléchissant, je me suis aperçue que l’objet de la crainte n’était pas le propos de celui à qui je m’adresse, mais plutôt, le vertige émotionnel qu’il pouvait générer. Au téléphone, on entend des mots qui parviennent jusqu’au cerveau, et soudain, sans rempart, ni protection, on se retrouve face à un contenu qui nous laisse hagard. On balbutie, on trébuche, on réagit avec véhémence, on oublie la moitié de ce qu’on voulait dire. Qu’importe l’attitude adoptée, on est soumis à la dangereuse beauté de la spontanéité, cet élan qui nous montre nu. L’écrit permet de peser le verbe tandis que l’oral tranche dans le vif du sujet. En raccrochant, on s’en veut, on se dit que sans doute, nos phrases auraient dû être autres, plus pertinentes, plus drôles, plus émouvantes, plus fermes. Mais que se passerait-il si l’on ne redoutait pas nos émotions ? Si l’on ne considérait pas qu’elles devaient toujours être mesurées, endiguées, domptées, argumentées ? Si l’on faisait confiance à nos jaillissements, aussi maladroits soient-ils ? Si l’on se présentait tel que l’on est, avec nos secousses et nos bégaiements ? Si l’on n’avait pas sans cesse l’idée de tout maîtriser ? Est-ce que cela rendrait le dialogue plus doux ? L’émotion vient du latin motio qui signifie « mouvoir », or, peut-être est-ce cela que nous devons accepter : que nos échanges soient des espaces en mouvements et non des lieux de jugements. Je vous souhaite de décrocher. #Bonjour

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