• Marie Robert

Ceci est un message à retardement



Notre époque est obsédée par le sens. Ou plutôt par la quête de sens. Cet illustre inconnu qui nous échappe, qui se dissimule, et dont l’absence nous conduit à repenser nos couples, nos professions, nos modalités familiales, et peut-être, espérons-le, notre époque elle-même. Mais pourtant est-ce si facile ? Comment le trouver ? Par où commencer ? Comment ne pas plier sous le poids de cette nouvelle injonction ? Avons-nous tous les moyens psychiques et pragmatiques de redistribuer les cartes, de renverser la table, de savoir où se situe cet état de grâce ? Et si c’était à l’inverse une question d’expérience ? Non pas « l’expérience », comprise comme la sagesse des vieux sages, mais plutôt l’expérimentation du mouvement. C’est la proposition du philosophe François Jullien. Il n’y a pas, ni dans la carrière, ni dans l’intimité, une sorte de point de départ, une ultime direction à viser, une méthode imparable. Bien sûr, il existe des moments de remise en question décisifs, des démarches plus ou moins pertinentes, mais contrairement à ce que nous croyons souvent, il y a rarement un déclic, terriblement abstrait, qui nous permette de décider solennellement de ce que nous voulons vivre. Il faut du « laisser-venir » avant de « pouvoir vouloir ». C’est le vécu qui donne le sens, le tumulte, la pagaille, l’essai, qu’il soit réussi ou raté. Finalement, il ne nous apparaît qu’après coup. Parfois même bien des années après. La quête n’est peut-être pas vers l’avant, elle est dans le rétroviseur.

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