• Marie Robert

Ceci est un matin dans le monde



L'autre jour, par la curieuse contingence des réseaux sociaux, je suis tombée sur un compte. Celui d'une femme qui avait laissé un commentaire sous l'un de mes textes. Son pseudonyme affichait un minimalisme tentant : "Bonjour Victor". Un quelque chose d'évident dans cette manière de saluer, une promesse d'intimité, de rituel. Une salutation qui m'a immédiatement interpellée. En cliquant sur sa page, puis sur son blog, très vite ces lignes : "L’an dernier, en Novembre 2018, nous avons perdu notre premier petit garçon, Victor, à la naissance, après une grossesse merveilleuse. Il n’y a pas eu d’explications, c’est une disparition sans réponse. J’essaie ici de rendre compte de cette nouvelle vie sans lui. En murmurant “bonjour Victor” tous les matins, pour espérer apprivoiser son absence et vivre plus sereinement dans les mois qui viennent". L'aridité de la douleur. La limpidité de la souffrance. Le silence du factuel. Ce n'est pas mon histoire. Je ne connais ni Victor, ni ses parents. Je ne pourrais jamais accéder à leur peine. Et pourtant, soudain, sous mes paupières apparait l'image d'un volcan. Un volcan est essentiellement désespéré. L’échec du volcan est plus beau quand sa lave arrive en bordure de mer. Pendant des heures, il va masquer la côte de fumée. Mais bien que son ire semble plus puissante que la tranquillité de la mer, il va succomber à la fin. Le mouvement lent des ondes va refroidir son désespoir. Il faudra des centaines d’années pour récupérer ses forces avant d’essayer à nouveau de faire s'effondrer le ciel. C’est le sort du volcan. Faire de sa colère la source de son apaisement. Ce matin, j'ai envie de me joindre aux murmures de sa maman et d'adresser à Victor un "bonjour" aussi grandiose que sonore.

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