• Marie Robert

Ceci est un jeu de piste.


Ceci est un jeu de piste. « Ah non mais publie pas cette photo, je ne m’aime pas en ce moment, t’as vu la taille de mes cuisses ? ». Une phrase anodine, banale, clichée, et pourtant significative et si souvent déclinée. L’autre jour, dans une conversation, j’évoquais la singularité du corps féminin. Cette chair dont la vie ne semble n’être jamais linéaire. Ce sang qui fluctue. Cette peau qui raconte. Ces cycles qui jonglent avec nos ressentis. Un tumulte constant, en dialogue avec l’extérieur, perméable aux impacts, aux douleurs, aux sentiments. C’est un ventre gonflé par l’angoisse, par la venue des règles ou par leur absence. C’est une poitrine qui se fait un peu lourde. C’est une hanche, dont le vécu dessine la courbe. Je me demande combien de temps nous passons à scruter notre corps au fil des décennies. Combien de minutes sont consacrées à l’analyser ? A le commenter ? A l’apprivoiser ? A le détester ? À tenter de saisir ce qu’il a à nous dire ? A le trouver trop gonflé, trop fin, trop fripé ? Combien de vitrines abritent notre regard ou nous forcent à le détourner ? Quelle épuisante entreprise. Quelle fatigue que celle de nos jugements permanents et de nos odieux conditionnements. Pourtant, au-delà des déchirements qu’elle suppose et des vertiges destructeurs, cette attention portée à notre enveloppe pourrait devenir passionnante, si elle abandonnait enfin sa sévérité. Car à travers tous ces changements et toutes ces variations, ce que notre anatomie nous propose, c’est une ode au mouvement. N’est-ce pas prodigieux de se dire que nous avons un corps qui a l’habilité de bouger, un corps qui n’est pas figé ? Il y a quelque chose qui me fascine là-dedans, moi qui suis terrorisée par l’immobilité. Nos organes eux, ont saisi, l’impermanence des choses et sa beauté. Ils nous engagent à trouver de la douceur dans notre sauvagerie, de la confiance dans nos complexes, du confort dans l’inconfort. Et surtout, à regarder serein, les vagues qui vont et viennent. Voilà avec quoi je pars ce matin, en voulant transmettre aux enfants de nos écoles l’envie de choyer cette chorégraphie du corps. Je vous souhaite de l’aimer aussi fort que vous pouvez. #Bonjour

35 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout