• Marie Robert

Ceci est un jardin.


« Et si on allait vivre ailleurs ? ». Par deux fois dans la même journée, j’ai entendu cette incitation aux possibles. D’autres horizons, comme une réponse à ce temps confiné. Car il y a quelque chose que les derniers mois ont plus que jamais mis en relief, c’est la précieuse étrangeté de nos vies mouvantes. Dans la fixité de nos appartements, nous nous sommes rappelés combien il était singulier de se déplacer, d’avoir la possibilité discontinue d’aller et de venir. Au-delà même de l’espace de vie, cette mobilité investie notre intimité depuis des décennies. Les carrières se fragmentent, les couples se font et se défont, les pratiques digitalisées sont indifférentes au cadre. Tout passe. Autrefois, nos attachements étaient donnés. Nous appartenions. A une famille, une lignée, une tradition, un milieu. Pour le meilleur et pour le pire, nous avions les pieds enracinés dans une terre. Et la douleur de l’exil était à la hauteur de l’arrachement qu’il supposait. Et aujourd’hui ? « L’homme, autonome, est sommé de trouver sa place en « résonance » avec son identité, parfois loin de son lieu de naissance et d’enfance. La condition de l’homme moderne est liée à ce déracinement, à ce refus de l’héritage au profit d’attaches choisies librement, à cette identité abstraite » écrit C. Enjalbert. Désormais, nous n’avons plus d’attachements forcés. Il faut donc l’inventer, trouver notre refuge. Alors comment faire ? Quels critères choisir ? Le prisme économique ? Météorologique ? Affectif ? Comment incarner notre liberté ? A quoi tenons-nous ? Une même génération connaît plusieurs bouleversements. Tout se renouvèle. Mute. Se métamorphose. Déménager, est-ce décider de planter d’autres racines ? Que faire face à ces vertiges ? Peut-être faut-il alors accepter que notre seul socle soit l’instant. Notre solidité vient d’un vécu immédiat. Nous sommes accrochés à la seconde qui vient. « Nous ne sommes réels que dans la rencontre du présent : là où la proue fend l’eau. Devant il n’y a rien encore, derrière un sillage vite effacé. » - Jaccottet. L’ailleurs est ici. Dans ce présent qui s’offre. Je vous souhaite une journée grandiose.

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