• Marie Robert

Ceci est un indicateur.


Ça remplit le bord des yeux. Ça se déploie le long de la gorge. Qu’est-ce qui n’a pas déjà été exprimé sur les émotions ? Elles sont un continent qui ne cesse d’être exploré, médiatisé, questionné. Et pourtant, malgré la somme de littérature sur le compte, notre élan premier est toujours de tenter de les réprimer. Comme si nous étions contraints d’entretenir à leur égard une certaine pudeur. Ou plutôt, une distance acceptable. Étymologiquement, émotion vient du latin motio, qui signifie mouvoir, il s’agit donc de « ce qui met en mouvement ». Dès lors, on estime que certains métiers devraient s’en tenir strictement éloignées, afin d’assurer la justesse et la précision de leurs gestes. Ne pas s’agiter. Rester de marbre. Nous opposons les émotions, qui dispersent à la réflexion qui ancre. Mais est-ce l’attitude la plus appropriée ? L’ambition la plus juste ? Le neuroscientifique Antonio Damasio propose une autre lecture : « Prenons le cas du chirurgien ou du trader : il est évident que leur profession exige qu’ils ne paniquent pas. En cas d’accès de panique, le geste du chirurgien pourrait devenir tremblant, et le trader risque de vendre au mauvais moment, quand le cours d’une action baisse, sans être capable d’attendre la stabilisation ou la remontée. Cependant, à y regarder de plus près, la panique est aussi une émotion importante dans ces métiers, et s’il ne faut pas se laisser dominer par elle, elle contient des pressentiments dont le chirurgien et le trader doivent absolument tenir compte ». Les émotions deviennent ici des indicateurs, plus rapides que la raison, mais aussi plus intenses, plus ajustés aux situations d’urgence. Au lieu de les fuir, nous pouvons donc nous en servir pour garder le cap, trouver le comportement le plus approprié à une situation, le plus en cohérence avec tous les facteurs qui nous entourent et que notre esprit ne parvient plus à traiter. Alors peut-être qu’au lieu de théoriser sur nos mouvements internes, l’enjeu est de les vivre, de les honorer pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des gouvernails nous guidant dans la singulière complexité du monde. Je vous souhaite une journée riche en émotions.

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