• Marie Robert

Ceci est un fleuve.


C’est fou comme on y tenait. C’est prodigieux de se dire qu’on aurait tout donné pour ce poste, pour cette relation, pour cet appartement, pour cette conviction. Le but ultime. L’incarnation de tous nos désirs. L’objet de nos tourments. Et puis un jour, on se réveille et on s’aperçoit qu’en fait ça n’a plus d’importance. On a tellement salivé, parfois tellement pleuré. Le souffle court. La pression incessante. La lutte éreintante. Bien des années plus tard, on peine à saisir l’importance qu’on a mis dans tout ça. On est presque interpelé par cette volonté farouche qui nous a poussé dans nos pires retranchements, dans d’absurdes contorsions. Que s’est-il passé pour que nous soyons aujourd’hui si différents ? Qu’est-il arrivé pour que s’évanouissent nos obsessions ? Peut-être qu’on a rien fait d’autre à part vivre. On ne se trahit pas. On change. On s’ajuste. On apprend. Il y a une douce ironie dans le flux de la vie. Car la leçon ne s’acquiert pas avant d’être prise. Il faut traverser pour être capable d’entendre. Il faut laisser les montagnes devenir russes pour saisir qu’on aime le doux repos des plaines. Il faut se faufiler, tenter, se perdre, revenir, aller au bout de ses doutes, au fond de ses espoirs. Expérimenter. En essayant seulement de ne pas trop s’abîmer. Et puis, un jour on trouve sa juste place, cette douceur qui résiste aux années, cet heureux répit. Je vous souhaite une journée où se dessinent des obsessions intemporelles.

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