• Marie Robert

Ceci est un fil.


Ceci est un fil. Je crois qu’une des choses les plus ardues de notre quotidien, c’est de parvenir à ne pas avoir des gestes mécaniques. C’est de réussir à mettre de la conscience dans chaque minuscule fragment de vie. Il ne s’agit pas seulement de jouir de l’instant présent, il s’agit de mettre de la conscience dans ce flot rugissant que l’on nomme « existence ». J’écris ici chaque matin, comment ne pas le faire par devoir, par contrainte, par habitude ? Comment, dans la chaleur de mes draps, honorer sincèrement cette curieuse possibilité de pouvoir aligner des lettres les unes après les autres ? Quel paradoxe. Nous devons trouver du confort dans les choses, les relations, les pratiques, sans jamais céder à l’indifférence, sans jamais laisser nos pensées fuir vers un ailleurs qui nous dépossède de la signification que l’on donne à nos gestes. Comment transmettre cent fois un même cours en gardant sa fougue ? Comment croiser le regard si familier d’un amour, d’un ami, d’un aimé, sans pour autant le banaliser ? Comment embrasser comme si c’était la première et la dernière fois ? Comment mastiquer en mesurant cette chance miraculeuse d’avoir à manger ? Comment répondre pour la millième fois à celui qui réclame quelque chose ? Je l’ignore. Souvent je trébuche, je me laisse happer, enfermer, par des centaines d’images qui n’ont rien à faire là, mais je reviens à cette urgence « d’être là ». C’est fou, n’est-ce pas ? Nous sommes là. A l’instant même où vous lisez ces quelques phrases, nous sommes là. En vie. En conscience. Et l’écrire fait couler des larmes le long de mes joues, car c’est une sacrée aventure que d’être au monde, que de participer à cette scène, qu’elle soit tragique, comique, violente, douce, spectaculaire ou vaine. Le réaliser, c’est comme une marche sur un fil. Ou le long d'une crête. Un pas, puis un autre, puis encore un autre. Tout devient plus net ; on entend sa propre respiration ; on ne désire qu'une chose : continuer, continuer le plus longtemps possible, suivre en dansant cette ligne dont on ne sait pas où elle va, parce que sur cette ligne on se sent, enfin, vivant. Je vous souhaite la plus belle des randonnées. #Bonjour@jesselaitinen

47 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout