• Marie Robert

Ceci est un entraînement.

Ceci est un entrainement. Il a cinq ans à peine, il se tient les coudes appuyés sur la table, et dans ses mains, une petite figurine de tigre occupe entièrement son regard. Le monde peut s’effondrer autour de lui, la tempête se lever, et la récréation s’animer, il n’en a que faire, sa lune vaut bien notre réalité. Quelle est la dernière fois que vous avez rêvassé ? Non pas « rêver » de ce sommeil paradoxal qui nous emmène ailleurs, au cœur de songes incontrôlables, mais plutôt de cette « rêverie » qui nous saisit alors que nous sommes éveillés. Elle nous surprend, lorsque nous sommes dans le métro, et que nos yeux contemplent le vide. Elle nous submerge dans une file d’attente, dans un cours, ou en lisant un livre dont on s’aperçoit que les pages ont défilées devant nous sans même nous atteindre. La rêverie se rapporte à tous ces moments où l’on se détache de notre environnement immédiat pour fabriquer d’autres images, pour explorer des lieux inaccessibles, pour observer des idées qui nous préoccupent. Rêvasser est non seulement une compétence, mais surtout, une chance. L’opportunité d’entendre une autre voix, rare : la nôtre. On s’imagine des choses divertissantes, emballantes, intrigantes, des choses qui nous élèvent, ou peut-être, comme cet enfant, des tigres bleus nageant dans des eaux dorées. Mais la rêverie, aussi spontanée soit-elle dans l’enfance, disparait souvent lorsque nous devenons adultes. Pourquoi donc ? Parce que nous la remplaçons par l’urgence, par la nécessité, par les contraintes, par les centaines de tâches qui sont venues nous sauter à la gorge ce lundi matin. Alors sans doute que la rêverie se travaille, qu’elle est une forme d’engagement à l’égard de notre capacité de concentration, une volonté d’être autre chose que des faiseurs, que des consommateurs, que des individus rivés sur des occupations. Est-ce que la rêverie est un luxe ? Oui bien sûr. Un luxe accessible aux privilégiés dont je fais partie, et par-là même, elle devient un devoir, car ce sont dans nos rêveries que se dessinent nos issues, et peut-être, collectivement nos chemins de survie. Je vous souhaite d’être dans la lune. #Bonjour@freddiehighmorearmy


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