• Marie Robert

Ceci est un dictionnaire.


Ceci est un dictionnaire. C’est fou comme on a du mal à se parler, à quel point, souvent, on ne se comprend pas. On s’envoie des dizaines de mots au visage, et en se faufilant jusqu’à notre esprit, les significations se déforment, se faufilent, se détournent, et au seuil de la compréhension, les phrases n’ont finalement plus rien à voir avec ce que voulait exprimer l’interlocuteur. Alors on se vexe, on pousse des hauts cris, on laisse couler les larmes, on se dédouane de toute responsabilité. Ce n’est jamais nous, c’est « l’autre ». C’est « l’autre », cet insupportable « autre ». Ce mari, cette sœur, cet enfant, ce collègue, cet autre qui, une fois de plus, n’a rien compris. La crise est là, ravageuse. Elle passera certes. Mais comme toutes les crises, elle abimera un peu plus ce tissu délicat que forme nos liens. J’entends déjà ceux qui disent que pour se prémunir de ces situations odieuses, il faut cesser d’interpréter. Je connais la théorie, mais la pratique m’interpelle. L’interprétation fait partie de notre existence, car je ne crois pas qu’il puisse y avoir des faits neutres, figés et stables. Lorsqu’on perçoit quelque chose, un dialogue, un geste, un paysage, on se met à explorer, on tente de saisir ce qui se provoque en nous, on chemine à travers des hypothèses, à l’aveugle, concentré sur les différentes possibilités. Ne pas « interpréter » me semble être une parade bien fragile, salvatrice sans doute, mais difficilement réalisable. A l’inverse, peut-être qu’il existe un autre chemin qui consiste à apprendre la langue de l’autre et à traduire la sienne, à partager nos grammaires, à s’envoyer nos « Bescherelles ». Que dis-tu toi, oui toi, qui me bouscule, qui me bouleverse, qui me fait tanguer ? D’où vient ton langage ? De quelle culture, de quel drame, de quel trauma, de quelle peur ? Pourquoi nos syllabes s’entrechoquent ainsi ? Il va de soi qu’on ne peut pas engager ce travail avec tout le monde, il y a tant d’énergie à mobiliser, cependant quoi de plus beau, que de parvenir à apprendre nos usages pour envisager ensemble de se réparer ? Et même de se faire du bien ? Je vous souhaite d’être d’habiles traducteurs. #Bonjour

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