• Marie Robert

Ceci est un défi.


C’est surprenant. C’est étonnant. C’est attirant. Frissons d’inédit. Le désir s’enclenche, habite nos pensées. La nouveauté semble toujours exquise. L’absence d’habitude rend tout plus attrayant. Les lieux, les objets, les gens, les vêtements. Nos regards deviennent étincelants de surprise. On s’exclame. On s’obsède. On adore. Et puis, peu à peu, le temps polit la pierre, la lustre de notre lassitude. Qui n’a pas déjà ressenti cette mélancolie à l’idée de ne plus aimer quelque chose qu’on avait tant souhaité ? Qui n’a pas déjà été terrorisé à l’idée de ne plus plaire ? Aristote observe cet étrange mécanisme de l’âme : « Certaines choses nous réjouissent quand elles sont nouvelles, et plus tard ne nous plaisent plus autant qu’au début, […] comme pour la vue quand on regarde avec attention mais par la suite l’activité n’est plus ce qu’elle était, elle se relâche ». Les grands projets se disloquent. Les yeux se détournent. La fièvre laisse sa place à une sourde indifférence. La mode est vouée à se démoder et les révoltes à s’effilocher. Alors, la seule issue est-elle de céder à la fatalité de cette fatigue existentielle ? A papillonner sans cesse afin de retrouver l’adrénaline ? A s’agiter, pour toujours un peu plus plaire ? Et si à la lassitude nous répondions plutôt par la réinvention ? Inutile de changer de pays, de couple, de vie, pour les renouveler. Peut-être que l’émotion peut renaitre en transfigurant un détail, en s’évadant dans le commun, en surgissant à droite au lieu d’à gauche, et en concentrant notre attention sur nos sens. Autant de voies pour ne pas faire de l’ennui et la consommation nos seules modalités. Nous avons le pouvoir d’aiguiser notre vue, notre ouïe, notre toucher, notre écoute, et ainsi d’apprendre à cerner l’inattendu dans le familier. S’initier à percevoir les mille variations chez nos amours, chez nos amis, dans la lueur de nos appartements, dans nos tâches les plus banales. Croire en les évolutions constantes. En une fidélité qui se trahit en s’inventant perpétuellement. La lassitude est une manière de voir, pas une tragédie à subir. Je vous souhaite une journée d’étonnement éternel.

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