• Marie Robert

Ceci est un cri



L’une des paroles qui revient le plus souvent lorsque je parle des écoles que nous faisons Alexandre d'Esclaibes et moi, est cet étrange constat : « Mais quand même, en choyant autant les enfants, vous ne les préparez pas vraiment à la difficulté de la vie ! ». Je souris par politesse, autant que par exaspération. Je souris pour ne pas crier. « La difficulté de la vie », tout un programme éducatif ! Par crainte de l’enfant Roi, il faudrait bousculer nos élèves. Rendre leur quotidien aride afin qu’ils ne pensent surtout pas que la vie sur terre est trop joyeuse, trop douce, trop enivrante, trop jolie. Notre mission serait de les endurcir, de les armer, de les entrainer au combat. Quelle curieuse vision… Et surtout, quelle souffrance se dissimule devant un tel propos ? Alors, en guise de réponse je tente d’expliquer qu’au lieu de les préparer à la difficulté, nous les préparons à l’amour. Au laborieux amour de soi, des autres, des lendemains. Que nous posons un regard de confiance sur leur existence, et qu’il s’agit sans doute de la seule arme recevable. Avec un cœur ample et une confiance robuste, on est capable de tout. Il sera bien temps de supporter les déchirures, le goût métallique des larmes, les ouragans de peine, les torrents de trahison. Il sera bien temps de trouver la vie terne, violente et ravageuse. Nous voulons les faire grandir dans un autre monde. Celui où la douceur appelle la douceur. Où l’altérité est une chance. Où les possibles ne sont pas des chimères. Où l’humiliation n’est pas une option. Nous voulons les enrouler de tendresse et d’espérance. Les préparer au meilleur. Pour éviter le pire.

2 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout