• Marie Robert

Ceci est un communiqué.


Ceci est un communiqué. Murmures. Rumeurs. Annonces. Déclarations. Nous sommes suspendus aux lèvres de l’Etat, guettant frénétiquement les indices qui pourraient soulager notre impatience fébrile. C’est étrange d’observer comme les mots déterminent notre vie, et celles de nos enfants. Comme ils conditionnent nos journées, notre organisation, nos emplois. Une phrase, prononcée au lieu d’une autre, implique des conséquences immédiates et transforme notre réalité, pas seulement dans la sphère publique, mais aussi dans l’intimité. « Je t’aime », « Je te quitte », « Je t’attends », « Je te crois », « Je t’entends ». Combien de mots ont changé la couleur de nos ciels ? Puissance infinie de notre vocabulaire. Soudain, je pense à tous les langages que nous créons, ou plutôt, à tous les jeux de langage que nous partageons, avec nos amours, avec nos amis, avec nos familles, avec nos collègues. À toutes ces expressions que seules comprennent ceux qui les utilisent. À toutes ces inventions qui fondent nos liens. À nos manières de parler qu’on adapte, qu’on ajuste, qu’on module, en fonction de nos interlocuteurs. A ces façons de dire, de désigner, de s’adresser, qui restent gravées dans nos mémoires à tout jamais, même lorsque les relations ne sont plus. Les langues que l’on bâtit sont éternelles. Alors au lieu d’attendre, impuissant, des annonces gouvernementales, plongeons dans nos dictionnaires. Comment nous appelait, ou peut-être, nous appelle encore, nos mamans, nos amoureux, nos frères et sœurs ? Quels termes déclenchent un souvenir, une émotion ou un fou rire immédiat ? Quelles évocations nous rappellent à l’autre pour toujours ? Mon doudou. Mon lapin. Mon amour. Mon bébé. Mon lounet. Gros. Frère. Mon trésor. Ma tortue. Ma Wifey. Chacha. Mon gars sûr. Qu’importe le ridicule pourvu qu’il y ait la complicité et l’amour. Le langage est un outil, il ne tient qu’à nous de le rendre solide, fiable, rassurant, caressant. « Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. » - Barthes. Je vous souhaite de construire des univers insubmersibles. #Bonjour

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