• Marie Robert

Ceci est un chant



Lundi. La page blanche. L’esprit brouillon. Des mots qui riment avec la peur, avec l’ennui ou la colère. Des grondements qui se propagent et qui parfois nous happent. Que faire ? Comment faire renaître l’inspiration ? Faire jaillir la lumière ? Il y a chez les Inuits un mot pour y répondre, mais surtout un rituel : Qarrtsiluni. Chaque automne, lorsque vient le temps d’honorer l’âme des baleines, les hommes doivent inventer de nouveaux chants. Mais plutôt que d’engager activement un processus de création, ils se réunissent dans l’obscurité et attendent, attendent qu’une belle image surgissent dans leur esprit et s’élèvent comme des bulles depuis les profondeurs de l’océan, qui remonteraient vers l’air pour éclater. L’homme ne crée pas, il trouve, il reçoit. Il est dépositaire de ces idées qui dans la nuit, riche de nos liens, décident de nous surprendre. Qarrtsiluni signifie le calme fécond, celui qui précède l’éclaircie. En 1942, le chorégraphe danois Harald Lander célébra ce terme dans un ballet évoquant la renaissance du soleil après la nuit hivernale. La nature est maître, personne ne peut brusquer son apparition. Alors en ce lundi d’entre-deux, en ce lundi de giboulées précoces, de coronavirus rampants, de césars suffoquant, peut-être pouvons-nous nous assoir en silence et réunir nos pensées. Car patience, la beauté comme le printemps finissent toujours par éclore.

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