• Marie Robert

Ceci est un changement de regard.


Combien de fois en arrivant dans une pièce, dans une salle de classe, dans une réunion, dans un dîner se dit-on que nous ne devrions pas être là ? Que d’autres feraient mieux que nous, qu’ils seraient plus éloquents, plus compétents, plus inventifs ? Combien de fois résonne en nous cette étrange litanie nous maintenant fermement confiné dans nos conditionnements ? Mille prétextes viennent nourrir cet étrange syndrome, qu’on dit être celui de l’imposteur. Un curieux terme décrivant ces barrières que l’on érige entre nous et notre réussite, ces voiles que l’on jette sur nos efforts et nos talents. Il y a toujours l’idée obsédante que nous ne sommes pas légitimes. Pas assez formé, pas assez introduit, pas assez cool, pas assez riche, pas assez homme, pas assez femme, pas assez rapide, pas assez normal, pas assez connu, pas assez d’ici ou de là. Ou peut-être seulement, un peu trop nous-mêmes. Alors on s’agite, on se débat, on s’épuise, espérant que quelqu’un nous donne enfin le droit d’être là. Et pourtant, à force d’attendre que les autres valident notre existence, nous y échappons. Car au fond, est-ce qu’il y a une autre légitimité que celle que l’on se donne ? Que cette capacité à nous percevoir au-delà de toutes les limitations ? C’est bien autre chose que ce stérile « quand on veut, on peut », c’est s’octroyer la possibilité d’être, avant celle d’appartenir. Ne plus s’arrimer mais prendre possession de l’espace. Sans ombre. Désobéir à soi-même. Faire taire les voix. « J’ai dit l’autre jour qu’écrire était ce que je pouvais faire de mieux comme acte politique, eut égard à ma situation de transfuge de classe. Mais je ne voulais pas signifier par-là que mes livres remplacent l’engagement. Ecrire est, selon moi, une activité politique, qui peut contribuer au dévoilement et au changement du monde, en rappelant que nous sommes là et que nous avons notre place. » - Annie Ernaux. A tous ceux qui un jour, on fièrement relevés la tête, je vous souhaite une journée de confiance et de possibles à n’en plus finir.

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