• Marie Robert

Ceci est un bulletin météo.


Ceci est un bulletin météo. « De l’air, juste un peu d’air, voilà ce qui nous ferait du bien », j’attrape la phrase au détour d’un couloir de métro. Les enfants sont encore les pieds nus dans leurs chaussures, pourtant partout autour de nous la rentrée est lancée. Mais malgré l’agitation, l’atmosphère est stagnante, un peu lourde, presque figée. Ça manque « d’air » effectivement, ça manque d’une grande bourrasque de vent. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours adoré le vent car il se dérobe à toute définition. Impalpable, insaisissable, il se lève et rappelle à la terre, et à ceux qui l’occupent, leurs prétentions ridicules. Il met à mal notre équilibre, dérange nos cheveux, il caresse les feuillages, fait parfois piquer les yeux. Il est inconfortable et beau. Il appelle à la vigilance, à la présence. A son sujet, Tchouang Tseu, un penseur taoïste du 16e siècle, écrit ces mots : « Le grand souffle indéterminé de la nature s’appelle vent. Par lui-même le vent n’a pas de son. Mais, quand il les émeut, tous les êtres deviennent pour lui comme un jeu d’anches. Les monts, les bois, les rochers, les arbres, toutes les aspérités, résonnent comme autant de bouches, doucement quand le vent est doux, fortement quand le vent est fort. Ce sont des mugissements, des grondements, des sifflements, des commandements, des plaintes, des éclats, des cris, des pleurs. L’appel répond à l’appel. C’est un ensemble, une harmonie ». Alors ce matin, en repensant à tout cela, je me suis demandée quel vent créateur d’équilibre nous voulions voir souffler dans nos vies. Celui du nord ? Un peu vif, un peu froid, qui nous donnera le courage de mettre un terme aux relations toxiques ? Celui du large, qui nous donnera la force de partir ? Le siroco, capable même en automne de raviver nos sens ? Le mistral qui rend fou d’incertitudes ? Qu’importe celui que l’on choisit pourvu qu’il ôte ce qu’on ne veut plus voir et fasse souffler nos voiles. L’harmonie se conquiert aussi dans la tempête. Plus que jamais, rappelons-nous ce propos de Paul Valery : « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! ». Je vous souhaite des tourbillons d’audace. #Bonjour Credit : ?

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