• Marie Robert

Ceci est un bourgeon.


Ceci est un bourgeon. C’est lundi, et lundi, il y a école. Depuis plus de 30 ans, ma vie est gouvernée par ce rythme immuable. Elève. Professeur. Directrice. Des histoires de cahiers, de cartables, de devoirs. L’effervescence des cours de récréation. Les bavardages dans le couloir. Les savoirs qui éblouissent. Ceux qu’on empile. Les défis quotidiens. Les écœurements. Les réussites. Les négociations avec le destin. Et puis, ce monde qui chaque jour se tisse sous nos yeux. Ces générations d’enfants, qui au fil des printemps deviendront des adultes, des hommes et des femmes capables de dire, de voter, de choisir, de décider. Capables du meilleur autant que du pire. Il faut être dans une école pour saisir ce qui se joue dans nos gestes anodins. Il faut être dans une école pour être ramené à l’urgence, à la nécessité, à cet ouragan sans répit de la jeunesse. Il faut être dans une école comme la nôtre, pour percevoir nos privilèges, et dès lors, les écueils de notre société. Il faut surtout être dans une école pour voir l’avenir se dessiner. Et s’il y a bien une chose qui me ramène à ma tâche, c’est cela. Alors aujourd’hui, plus que jamais, c’est à Elles que je pense. Elles, ce sont : Iris, Lena, Eléa, Louise, Nina, Zélie, Agathe, Michèle, Zawadie. Elles ont entre 3 et 6 ans. Elles apprennent les sons, s’émerveillent devant les mathématiques. Elles chantent des comptines, aiment se déguiser et faire de la peinture. Elles vivent en harmonie avec les garçons de leurs classes, et les adultes qui s’occupent d’elles. Elles veulent être cosmonautes, cheffe étoilée, yogi, ingénieure, danseuse ou bricoleuse. Et à chaque fois que je croise leurs pupilles, comme une obsession, je formule le même souhait, ou plutôt, le même combat : qu’elles n’aient jamais à baisser le regard. Ni elles, ni toutes les autres, celles d’ici ou d’ailleurs. Qu’elles n’aient jamais à plier, à craindre, à se satisfaire ou à se taire, parce qu’elles sont des femmes, et que des droits leurs garantissent ces impératifs, en limitant la liberté de chacun afin d’assurer la liberté de tous. Je vous souhaite un lundi où les droits se conquièrent pour que les bourgeons fleurissent. #Bonjour

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