• Marie Robert

Ceci est un balancier.

Ceci est un balancier. Hier, je courais un peu partout pour la sortie de mon livre. L’excitation, l’attention qui peine à s’ancrer et le tumulte du quotidien à satisfaire, faisaient de cette journée une sorte de tourbillon joyeux, un peu superficiel certes, cependant, cette agitation avait quelque chose de tendre, comme si l’enthousiasme imposait sa cadence, comme si le plaisir avait, un instant au moins, kidnappé l’anxiété. C’est dans ce contexte que, dans l’après-midi, j’ai ouvert un message m’informant du décès de @nathalierozborski. Je suis mal à l’aise avec ceux qui s’empressent d’annoncer les morts, qui font de l’absence une présence forcée, comme une rumeur à rependre, et pourtant, à l’instant même où j’ai appris la nouvelle, j’ai senti un frisson parcourir ma colonne vertébrale. Nathalie n’était pas une amie, ancienne Directrice du cabinet Nelly Rodi, désormais Directrice de la marque Maison du monde, je l’avais croisé dans la vie professionnelle. Elle était le genre de personne qui nous embarque dans une ivresse de paroles. Nous avions un jour trinqué au champagne, et ma maladresse m’avait conduit à lui renverser des bulles sur sa jolie écharpe. Elle s’était empressée de crier que ça portait bonheur. Et là voilà morte. C’est curieux. On a beau savoir. On a beau être conscient qu’à chaque seconde la souffrance rôde, qu’à chaque minute des milliers d’âmes s’en vont, lorsque la fin s’incarne à travers le visage de quelqu’un, notre esprit butte sur l’inacceptable. Nous devenons incrédules. Comment est-ce possible que les mamans meurent ? Que les amis meurent, les collègues aussi, et même les voisins ? Un jour, l’étrange balancier du destin fait basculer les existences. Que faire de cela ? Que faire de cette notion qu’Heidegger nomme le « Dasein » et qui fait nous des êtres sans cesse confrontés à une possible disparation ? Je me pose la question plusieurs fois par jour. Mais ce matin, en repensant au rire de Nathalie, plus que jamais, la réponse s’impose aussi triviale qu’urgente : vivre, désirer, oser, tenter, fuir s’il le faut et construire si on se le doit. Je nous souhaite de nous asperger de bulles. A toutes les Nathalie. #Bonjour



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